L'arme suprême du maire

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En 15 années de journalisme, notre chroniqueur Patrick Duquette ne se rappelle pas d'un cas où un maire a eu recours au veto comme l'a fait Maxime Pedneaud-Jobin mardi.

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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Un maire qui sort son droit de veto alors qu'il n'est pas rendu à mi-mandat, c'est le signe évident que quelque chose ne tourne pas rond à l'hôtel de ville.

Et c'est ce qu'a fait Maxime Pedneaud-Jobin mardi soir. Il a fait ce qu'aucun autre maire de Gatineau n'a osé faire avant lui, soit d'opposer son veto à une décision majoritaire du conseil municipal.

Le droit de veto est l'arme suprême du maire au Québec. Une mesure de dernier recours à utiliser avec parcimonie et dans des circonstances exceptionnelles.

En 15 années de journalisme, dont la plus grande partie à couvrir le monde municipal en Outaouais, je ne me rappelle pas d'un cas où un maire a eu recours au veto.

Et c'est parfait ainsi.

La population s'attend à ce que ses élus municipaux fassent tout en leur possible pour s'entendre entre eux malgré leurs divergences d'opinions.

Elle s'attend aussi à ce que le résultat du vote qui s'ensuit soit respecté. Pas à ce que le maire bloque une décision prise par une majorité d'élus.

Quand un maire oppose son veto, il a pour ainsi dire le fardeau de la preuve. À lui de démontrer qu'il se devait d'agir ainsi dans l'intérêt supérieur des citoyens.

Or dans ce cas-ci, c'est tout, sauf clair.

***

Parce qu'en usant de son droit de veto, le maire de Gatineau poursuivait d'abord et avant tout un objectif politique. Il voulait lancer un signal clair à la clique d'élus qui l'accuse de faire cavalier seul dans le dossier de l'aréna Guertin.

Il a voulu leur rappeler que c'est lui le patron. Et que c'est à lui, à titre de maire, d'agir comme porte-parole de la Ville de Gatineau auprès des partenaires potentiels du futur aréna, que ce soit des promoteurs ou des députés provinciaux.

Et là-dessus, il a raison.

C'est la prérogative du maire de négocier avec des partenaires dans les limites de la résolution que le conseil municipal a approuvée par une courte majorité, en juin dernier.

Le maire Pedneaud-Jobin s'est senti d'autant plus justifié d'user de son droit de veto que la résolution présentée par ses adversaires, mardi soir, était teintée d'une mauvaise foi évidente.

Tout en accusant le maire de manquer de transparence, le conseiller Mike Duggan admettait qu'il n'a jamais demandé de l'information au maire dans le dossier des Olympiques...

Et puis, ça n'a pas d'allure que des conseillers comme Mike Duggan ou Sylvie Goneau exhortent le maire à les associer de près aux négociations avec les partenaires potentiels du futur aréna, alors que tous deux ont voté contre la résolution du maire.

Quant au conseiller Maxime Tremblay, il en mène large dans le dossier Guertin. Pourtant, il n'a pas de mandat clair pour négocier avec qui que ce soit. Il brouille les cartes en menant des discussions de son côté.

***

Maintenant, est-ce que le maire avait raison d'user de son droit de veto pour faire prévaloir son point de vue? C'est discutable.

En agissant de la sorte, il fait monter d'un cran la tension au conseil municipal. Ça sonne aussi comme un aveu d'impuissance de sa part. Il admet ses difficultés à mater la rébellion grandissante.

Jusqu'à maintenant, le maire avait démontré sa capacité à travailler avec le conseil malgré son statut minoritaire. En sortant son veto, il démontre que sa marge de manoeuvre s'est amoindrie et qu'il doit recourir à des mesures plus musclées pour asseoir son autorité.

Souhaitons, comme le conseiller Gilles Carpentier, que la crise de confiance se résolve par des discussions franches entre élus de toute allégeance.

Il est d'abord là, l'intérêt du public.

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