La pureté de la laine

La déclaration de Harper sur les old-stock Canadians a le... (Mike Sturk, Reuters)

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La déclaration de Harper sur les old-stock Canadians a le potentiel d'enflammer la campagne électorale, jusqu'ici embourbée dans une guerre des tranchées apparemment sans issue.

Mike Sturk, Reuters

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C'est souvent le débat après le débat, et non le débat des chefs lui-même, qui produit un déclic décisif au sein de l'électorat.

Et c'est peut-être ce qui est en train de se produire alors que Stephen Harper doit se défendre de faire preuve de racisme au lendemain d'un débat des chefs qui portait sur l'économie jeudi soir.

Au cours d'un échange avec le chef libéral Justin Trudeau sur les soins de santé refusés aux immigrés, Stephen Harper a employé l'expression «old-stock Canadian» pour désigner ceux qui doivent, selon lui, avoir droit à ces soins. Il n'en fallait pas plus pour enflammer les médias sociaux et pour que l'expression «old-stock Canadians» fasse l'objet de milliers de recherches sur Google.

Vite, on a voulu savoir ce que voulait dire le premier ministre sortant en employant une expression qu'on peut traduire, en français, par «Canadiens pure laine» ou «Canadiens de souche». Et c'est ainsi qu'un débat des chefs qui portait sur l'économie a dérapé sur le terrain autrement plus glissant du nationalisme et de la pureté - comme dans l'expression «pure laine» justement.

Voilà en tout cas le genre de déclaration qui peut coller longtemps à la peau d'un politicien. Au Québec, des propos sur les «pures laines» et les «de souche» ont mené à des excès. Qu'on pense aux débats acrimonieux qui ont accompagné la commission Bouchard-Taylor ou aux propos de Jacques Parizeau sur le vote ethnique et l'argent après le référendum de 1995...

N'empêche que cette déclaration de Harper sur les old-stock Canadians a le potentiel d'enflammer une campagne électorale, embourbée jusqu'ici dans une guerre des tranchées apparemment sans issue.

Difficile de dire si la déclaration de M. Harper a été lancée sous le coup de l'émotion ou si elle a été savamment calculée à l'avance.

Chose certaine, les questions d'immigration ont le don de provoquer des débats sociaux qui divisent profondément la population. En fait, c'est en plein le genre de «wedge issue» qui a valu à Lynton Crosby, le stratège australien consulté par M. Harper, sa réputation de «maître des forces du mal».

***

Aucun des chefs n'est sorti clairement victorieux du débat des chefs sur l'économie de jeudi soir, à Calgary. Au mieux, il aura conforté les électeurs ayant déjà fait leur choix.

Cette élection est néanmoins en train de faire mentir le cliché voulant que les politiciens soient tous pareils. Jusqu'ici, on a vu s'affronter trois visions cohérentes, quoique fort différentes, de l'avenir du pays.

À force de vouloir débarrasser le NPD de sa vieille image de bande de gauchistes en sandales, Thomas Mulcair est en train de faire passer les néo-démocrates pour... des conservateurs. Il a présenté un cadre financier que n'aurait pas renié Jim Flaherty, l'ex-grand argentier de Stephen Harper. Le NPD a décidé que la politique est l'art du possible. Et tant pis pour Naomi Klein et son manifeste.

Pendant que les néo-démocrates virent au centre, Justin Trudeau les a dépassés sur leur gauche avec deux engagements typiques du NPD: taxer les riches pour redonner à la classe moyenne et financer la croissance à coups de déficits. Mulcair doit se mordre les doigts d'avoir cédé une partie de son terrain de prédilection aux libéraux.

À droite, Stephen Harper occupe toute la place. Toujours prompt à jouer la carte de la peur, y compris sur son terrain favori, l'économie. À Calgary, il a voulu persuader la population que ses deux adversaires plongeraient l'économie du pays dans le chaos: Trudeau en retournant à l'ère des déficits, et Mulcair en haussant la taxe sur les sociétés. L'ennui, c'est que les Canadiens ne semblent pas avoir peur des déficits promis par Trudeau ni de la modeste hausse de taxes envisagée par Mulcair.

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