Petites et grandes tragédies de la rigueur budgétaire

Si le rapport de Raymonde St-Germain a un défaut,... (Archives, La Presse Canadienne)

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Si le rapport de Raymonde St-Germain a un défaut, c'est de rester dans les généralités, sans citer un seul cas concret à l'appui de ses dires.

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On coupe, on coupe dans les services publics au Québec et qu'arrive-t-il? Bien oui, ils se dégradent de plus en plus, la qualité est moindre, l'accès plus difficile...

C'est l'évidence que vient de constater la protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain. Et pourtant, elle fait oeuvre utile en le rappelant.

Parce que le gouvernement Couillard, qui nous impose sa rigueur budgétaire depuis presque deux ans, refuse trop souvent d'admettre l'évidence ou même d'expliquer ses choix.

Rappelez-vous cette histoire de marché noir des bains dans certains CHSLD du Québec. L'épisode nous a rappelé que nos aînés n'ont droit qu'à un bain par semaine dans les établissements de santé. Un non-sens? Pas pour le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, qui trouve adéquat de laver les vieux à la mitaine.

Ici même à Gatineau on refuse trop souvent d'admettre l'évidence. Quand on a appris au début du mois que six des neuf pédopsychiatres quittaient le centre Pierre-Janet, les autorités ont refusé d'admettre que les services publics allaient en pâtir. On nous a dit que tout allait continuer comme avant, que les patients seraient vus dans la norme des 60 jours. Difficile à croire!

Depuis des mois, il se creuse un écart entre le discours lénifiant des politiciens obsédés par le retour à l'équilibre budgétaire et ce qu'on entend sur le bon vieux plancher des vaches.

On peut penser à toutes ces lettres écrites directement au premier ministre Couillard par des parents d'élèves en difficulté inquiets des coupures à répétition dans le système d'éducation.

Toujours dans nos écoles, on voit les frais et les tarifs de toutes sortes augmenter pour compenser les compressions imposées par le gouvernement du Québec. Avec comme résultat qu'on voit poindre un système d'éducation à deux vitesses, avec des élèves qui peuvent se payer des activités parascolaires, et d'autres non.

En juillet, je vous rapportais le cas de cette mère d'un garçon de 10 ans atteint d'un trouble complexe de santé mentale à Gatineau. Dans la même semaine, il a perdu son pédopsychiatre et son éducateur scolaire en raison des compressions. «Déjà qu'on recevait des services au compte-gouttes, là, on se fait tout enlever», décriait la mère inquiète.

La protectrice du citoyen joue donc parfaitement son rôle en répercutant auprès du gouvernement un message que la population cherche désespérément à lui faire comprendre.

***

Maintenant, si son rapport a un défaut, c'est de rester dans les généralités, sans citer un seul cas concret à l'appui de ses dires. La protectrice est pourtant mieux placée que quiconque pour sortir de l'anonymat les petites et grandes tragédies qui accompagnent la rigueur budgétaire.

J'ai souvent reproché à l'ancien ombudsman de l'Ontario, André Marin, d'outrepasser son rôle en raison de ces incessantes prises de bec avec les politiciens. Mais j'ai dit aussi ma profonde admiration pour ses rapports, des chefs-d'oeuvre de vulgarisation, bien documentés et farcis d'exemples concrets, qui ont mené à des réformes en Ontario.

***

Raymonde Saint-Germain ajoute beaucoup de crédibilité à son message en ne remettant pas en cause la nécessité ou la pertinence des mesures budgétaires. Pour elle, la gestion serrée des finances publiques n'est pas inconciliable avec une offre de services de qualité.

«Mais attention, prévient-elle, la diminution ou la réaffectation des ressources commandent des choix avisés, planifiés et rigoureusement appliqués».

Il y a là comme une question en sous-main: à quel point l'obligation de présenter rapidement des budgets à l'encre noire empêche-t-elle nos gestionnaires de bien soupeser les conséquences à long terme de leurs décisions?

Dans certains domaines sensibles comme la santé mentale, la protectrice rappelle que le sous-investissement peut se traduire par d'importantes répercussions sociales et économiques.

Oui, c'est une autre évidence. À Gatineau, on a d'ailleurs un campement de sans-abri unique au Canada pour l'illustrer. Le fameux camping du Gîte Ami nous rappelle un peu plus chaque jour ce qu'il en coûte de négliger nos plus démunis pour faire des économies à court terme.

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