Les émules de Trump

Vous me direz, y'a rien là, regarde Donald... (LUCAS JACKSON, ARCHIVES REUTERS)

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Vous me direz, y'a rien là, regarde Donald Trump aux États-Unis...

LUCAS JACKSON, ARCHIVES REUTERS

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Faudrait afficher un avertissement sur les téléphones intelligents des politiciens. Quelque chose comme: tout ce que vous écrivez sur Twitter ou Facebook pourra être retenu contre vous.

Il reste encore cinq semaines à l'élection fédérale et, déjà, on ne compte plus les démissions, les renvois et les plates excuses de candidats rattrapés par leurs déclarations passées sur les médias sociaux.

Jusqu'ici, on a eu droit à un directeur des communications du NPD qui envoie paître - restons polis - le pape sur Twitter, une candidate libérale qui exhorte quelqu'un à se faire sauter la cervelle et une candidate bloquiste qui confie qu'en cas d'attaque nucléaire, elle garderait trois choses: son cellulaire, un sac de chips... et un pénis.

Non, rien de très édifiant.

J'allais oublier ce candidat conservateur de la région de Toronto qui s'est fait prendre, à la télé, en train de faire pipi dans une tasse chez une dame où il réparait la plomberie.

Chaque fois que de telles déclarations émergent dans les médias, on a droit à de piteuses excuses du principal intéressé. Genre: «Mes propos sur les médias sociaux ne reflétaient pas vraiment le fond de ma pensée...»

Ben voyons.

OK, on n'est pas dans les vrais scandales comme les commandites ou la commission Charbonneau. On parle de scandales à petite échelle, à base de manque de jugement et de connerie ordinaire comme il en a existé de tout temps. Des bizarres qui se lancent en politique, ça a toujours existé. Je pourrais vous citer des noms...

Mais la différence aujourd'hui, c'est que les médias sociaux gardent une trace de tout ce qu'on leur donne en pâture. Si bien que si tu te laisses aller à proférer des insultes dans un tweetfight, un mardi soir de février en regardant le hockey, ça peut te rattraper des années plus tard alors que t'es devenu l'attaché de presse d'un candidat au poste de premier ministre.

Et là, c'est le choc.

Parce que les médias sociaux sont devenus une arène virtuelle à la Hunger Games où tous les coups sont permis. Et quand un univers comme Twitter, où l'argument ultime se résume parfois à un «fuck you» bien senti, fait irruption dans l'univers hypercontrôlé d'une campagne électorale traditionnelle, ça fait... désordre.

Jusqu'à maintenant, les chefs des différentes formations politiques ont réagi différemment face aux écarts de conduite des candidats. Harper les a congédiés sans cérémonie, tandis que la candidate libérale a démissionné. Mulcair, qui a lui-même dû justifier des déclarations passées, a pardonné à son directeur des communications.

C'en est rendu au point, croit Luc Dupont, professeur de communications à l'Université d'Ottawa, où toute personne qui aspire à une carrière politique a intérêt à y penser à deux fois avant d'intervenir sur les médias sociaux. Question de ne pas compromettre une future carrière avant même que celle-ci ait commencé.

***

Vous me direz, y'a rien là, regarde Donald Trump aux États-Unis...

Trump qui multiplie les gaffes, insulte ses adversaires et crache sur les immigrés. Trump qu'on n'en applaudit pas moins et qui mène la course à l'investiture des républicains. Vu de même...

Au Canada, on est encore à mesurer notre degré de tolérance face aux écarts de conduite des candidats sur les médias sociaux. Le danger, c'est qu'on finisse par s'habituer au nivellement par le bas du discours politique que les médias sociaux introduisent dans l'univers électoral.

On vit dans une société avide de téléréalités et d'images sensationnelles. On aime les politiciens et les chroniqueurs baveux, capables de vous réduire au silence avec 140 mots bien sentis. On vit dans un univers où c'est payant pour un personnage public de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas... Même si c'est souvent une mauvaise idée qui ne fait qu'entretenir des préjugés.

Alors qui sait si Trump ne finira par faire des petits au Canada.

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