Gratter le bobo

Justin Trudeau estime que la décision du NPD de... (André Pichette, Archives La Presse)

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Justin Trudeau estime que la décision du NPD de fixer à 50%+1 la barre pour un résultat référendaire au Québec nuit à l'unité nationale.

André Pichette, Archives La Presse

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Justin Trudeau a ressorti la loi sur la clarté référendaire, mercredi, afin de faire passer son adversaire Thomas Mulcair pour un dangereux sympathisant souverainiste aux yeux du Canada anglais.

L'accusation fait sourire au Québec, où un fédéraliste notoire comme Mulcair peut difficilement passer pour un suppôt de la séparation. Mais apparemment, ressortir la bonne vieille menace souverainiste fait toujours son petit effet ailleurs au pays - notamment en Ontario, où les libéraux ont pris une avance dans les sondages.

Ceci dit, cette nouvelle sortie de Trudeau sur la clarté - après celle du débat des chefs - ne vise pas qu'à marquer des points au Canada anglais. Le chef libéral cherche aussi à reconquérir le coeur des communautés francophones hors Québec, une clientèle autrefois acquise aux libéraux.

Il fut une époque, pas si lointaine, où les communautés francophones de l'est et du nord de l'Ontario, de l'Acadie et de Saint-Boniface, au Manitoba, formaient l'une des pierres d'assises du Parti libéral du Canada (PLC). C'était le cas sous le règne de Pierre Elliott Trudeau et Jean Chrétien, deux farouches défenseurs du bilinguisme.

Cet appui inconditionnel s'est érodé au fil du temps, en même temps que le déclin du PLC, notait récemment le chroniqueur Jeffrey Simpson du Globe and Mail.

C'est ainsi qu'une circonscription composée à 40% de francophones comme Glengarry-Prescott-Russell, à l'est d'Ottawa, est passée aux mains des conservateurs en 2006, après 44 années de domination libérale. D'autres bastions libéraux comme Timmins-James Bay et Acadie-Bathurst ont basculé dans le camp des néo-démocrates.

Pour espérer former le prochain gouvernement, Trudeau n'a guère le choix. Il doit reconquérir l'appui des communautés francophones hors Québec.

D'où cette attaque tordue contre Thomas Mulcair qu'il accuse de mal comprendre à quel point l'unité nationale est un enjeu important pour les francophones hors Québec.

«Les francophones qui vivent à travers le Canada font bien de demander à M. Mulcair comment il prétend pouvoir défendre les intérêts des francophones dans ce pays, quand il encourage en même temps les séparatistes québécois», a dit Trudeau.

D'abord, on peut se demander en quoi le NPD a encouragé la souveraineté du Québec en reconnaissant qu'une majorité de 50%+1 serait suffisante lors d'un référendum. Depuis l'adoption de la déclaration de Sherbrooke sous Jack Layton, en 2005, on ne peut pas dire que la cause souverainiste a progressé au Québec, loin de là.

On peut aussi reprocher à Trudeau d'exploiter sans vergogne de vieux antagonistes entre «Canadiens-français» et nationalistes québécois pour se faire du capital politique.

Encore aujourd'hui, bien des francophones hors Québec ont l'impression d'avoir été trahis par leurs frères québécois quand ceux-ci ont cessé de se définir comme des Canadiens-français dans la foulée de la Révolution tranquille. Il suffit de vivre ou d'avoir vécu dans la région d'Ottawa pour constater à quel point ces vieilles susceptibilités ont la couenne dure parmi les Franco-Ontariens.

C'est donc un vieux bobo que Trudeau est venu gratter mercredi... dans le but de se faire du capital politique. Une attitude pour le moins paradoxale de la part d'un candidat au poste de premier ministre qui se pose en grand rassembleur et en champion de l'unité canadienne.

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