C'est notre fils

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Pourquoi cette photo-là en particulier?

Des photos d'enfants morts en Syrie, en Irak et sur les côtes de la Méditerranée, il en circule plein sur le Net.

Le plus souvent, elles exposent la cruauté de la guerre dans sa plus simple expression.

Un bébé avec la moitié du crâne arraché.

Des cadavres d'enfants couverts de sang et de poussière, alignés dans une salle d'école après un bombardement.

Le plus souvent, c'est l'horreur brute, sale, monstrueuse, captée sur des photos mal cadrées, avec un éclairage approximatif.

Il faut avoir le coeur bien accroché pour les contempler.

Alors que sur cette photo-là...

L'horreur est là, bien sûr, mais comme en filigrane.

Alan a l'air de dormir.

Il est couché sur le ventre, dans la même position qu'adoptait fiston, à 3 ans, dans sa couchette.

C'est pourquoi cette photo, peut-être un peu moins insoutenable que d'autres, fait la différence.

Soudain, ce n'est plus un enfant anonyme qui meurt noyé à l'autre bout du monde.

C'est notre fils.

***

Tout comme la fillette au napalm de la guerre du Vietnam, cette photo ouvre les yeux du monde à une terrible réalité. Dans ce cas-ci, la pire crise migratoire à survenir en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Je comprends tout à fait le cynisme de certaines personnes qui acceptent mal que le monde découvre ainsi, à cause d'une photo spectaculaire, les terribles conséquences de la guerre en Syrie et en Irak. «Vous étiez où, demandent-ils, quand l'État islamique et Bachar El-Assad se sont mis à tuer tout le monde?»

Ces gens-là n'ont pas tort. Tout comme Stephen Harper n'a pas tort quand il dit qu'une partie de la solution est de mettre fin à la violence dans cette région du monde.

En même temps, la photo d'Alan donne l'occasion à nos leaders de mettre de côté leurs mesquineries partisanes pour montrer le chemin à la population.

C'est aussi l'occasion pour chacun de faire un examen de conscience. Car c'est bien beau de dénigrer, et sans doute avec raison, le manque de compassion de Stephen Harper à l'endroit des réfugiés.

Mais dans le pas si lointain débat sur les accommodements raisonnables, on a vu qu'ici même au Québec, l'ouverture à l'autre, surtout quand il est musulman, n'est pas chose acquise.

Je ne dis pas cela pour dédouaner les conservateurs. De toute évidence, le gouvernement Harper n'a pas fait sa part pour soulager la crise migratoire en Europe. En dépit de sa promesse d'accueillir 10 000 nouveaux réfugiés syriens, le Canada n'en a reçu que 1300 ces trois dernières années.

Le ministre de l'Immigration, Chris Alexander, qui blâmait les médias pour leur manque d'intérêt à l'endroit de la crise migratoire en Europe, a dû ravaler ses paroles quand on a su que le Canada avait refusé la demande d'immigration de membres de la famille d'Alan.

Dans les faits, Immigration Canada met une éternité à traiter les demandes d'immigration qui passent par un parrainage privé. Les dossiers mettent au moins trois ans à aboutir, deux fois plus quand ils sont complexes, estime-t-on chez Accueil Parrainage Outaouais.

Les politiques du gouvernement Harper, qui a restreint l'arrivée des réfugiés en provenance de certains pays à risques, sont certainement à blâmer. Tout comme les coupes dans la fonction publique fédérale qui n'aident en rien à accélérer le traitement des dossiers.

La photo d'Alan ouvre toute grande la porte à la création d'une voie rapide pour l'accueil des réfugiés syriens au Canada. Un peu comme à la fin des années 1970 quand le Canada s'est ouvert aux Boat People, puis lorsqu'on a fait exception pour les réfugiés de la guerre du Kosovo.

Le Canada a une belle occasion de renforcer sa réputation de terre d'accueil, tout en offrant un exemple d'ouverture à certains pays d'Europe qui préfèrent ériger des barrières devant les hordes de réfugiés.

À la fin, qui sait... On retiendra peut-être que si Alan avait l'air de dormir, c'était pour mieux nous réveiller.

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