Le pari risqué de Justin

Récession. C'est le tout premier mot qu'a prononcé Justin...

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Récession. C'est le tout premier mot qu'a prononcé Justin Trudeau lors de son point de presse de mardi matin à Gatineau avec, en toile de fond, un parlement canadien enveloppé de brume matinale.

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Récession. C'est le tout premier mot qu'a prononcé Justin Trudeau lors de son point de presse de mardi matin à Gatineau avec, en toile de fond, un parlement canadien enveloppé de brume matinale.

Car oui, le Canada est officiellement tombé en récession technique mardi, après deux trimestres de décroissance consécutifs. «Ce n'est une surprise pour personne... sauf pour Harper», a ironisé le chef libéral.

Même si la nouvelle n'a rien de très réjouissant pour les Canadiens, l'ombre de la récession pourrait très bien donner un nouvel élan à la campagne des libéraux en mettant l'accent sur les enjeux économiques.

Justin Trudeau a pris un sacré risque la semaine dernière en devenant le seul chef des trois principaux partis fédéraux à remettre en question la nécessité d'un rapide retour à l'équilibre budgétaire.

Mais en défiant le diktat du fameux déficit zéro, le chef libéral a peut-être trouvé l'inspiration qui manquait à sa campagne. Avec son refus de bannir le mot «déficit» de son vocabulaire avant 2019 tout en promettant d'investir massivement dans les infrastructures, Trudeau s'est donné un moyen radical de se démarquer de ses adversaires.

Ça lui permet, comme il l'a fait mardi, de placer Harper et Mulcair dans la même barque de l'austérité sous prétexte qu'ils souscrivent tous deux à un retour rapide à l'équilibre budgétaire. Faut le faire, mettre ainsi le chef de la droite et le chef de la gauche canadienne dans le même bateau économique!

Oui, les Canadiens ont été conditionnés à honnir les mots «déficit» et «dette». Mais qui sait si, dans les circonstances actuelles, une partie de l'électorat ne voit pas la proposition de Justin Trudeau comme une occasion de savourer un peu de répit? C'est possible, notamment au Québec où la politique d'austérité du premier ministre provincial Philippe Couillard se fait durement sentir dans les hôpitaux et les écoles. La classe moyenne se sent prise à la gorge avec des taxes et des tarifs qui augmentent de partout.

Maintenant, est-ce que Trudeau a objectivement raison de retarder ainsi le retour à l'équilibre budgétaire?

Si on considère que l'économie canadienne est en perte de vitesse et qu'il vaut mieux y injecter de l'argent pour stimuler les dépenses, alors oui, il n'a pas tort. Mais il se trouve des experts pour dire que la gueule de bois tire à sa fin et que l'économie occidentale met simplement un peu de temps à se remettre de la dépression qu'elle vient de traverser. En ce sens, un retour rapide à l'équilibre budgétaire, comme le prônent Harper et Mulcair, est tout à fait sensé.

Au-delà des arguments économiques, on dirait bien que Trudeau a trouvé le moyen de revenir dans la course en bravant l'opprobre entourant les déficits budgétaires.

Mardi, un sondage de la firme Abacus plaçait néo-démocrates, conservateurs et libéraux pratiquement nez à nez au pays avec un maigre écart de 3% entre eux.

Si la récession est plus courte que prévu, le pari de Justin Trudeau risque toutefois de se buter à la loi antidéficit du gouvernement Harper. Avec potentiellement de lourdes conséquences pour la fonction publique fédérale, notamment dans la région d'Ottawa-Gatineau.

En vertu de cette loi, le dépôt d'un budget déficitaire doit entraîner un gel des dépenses de fonctionnement de l'État si le manque à gagner n'est pas le résultat d'une récession ou n'est pas causé par des circonstances exceptionnelles, comme la guerre.

En d'autres mots, à moins d'une calamité, Justin Trudeau devrait financer ses déficits futurs... sur le dos des salariés de l'État. Si ce devait être le cas, cela susciterait assurément des vagues dans la région de la capitale fédérale où travaillent des milliers de fonctionnaires.

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