L'égotrip en direct

Les victimes de la fusillade, Alison Parker et... (PHOTO AFP)

Agrandir

Les victimes de la fusillade, Alison Parker et Adam Ward.

PHOTO AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Les coups de feu, les cris, la fuite désespérée pour échapper à la mort de la journaliste Alison Parker, rien ne nous a été épargné. Nous avons été plongés mercredi dans l'intimité d'un double meurtre ignoble commis en direct à la télévision.

En apprenant que deux membres de la presse avaient été tués lors d'un direct en Virginie, on a d'abord cru à une attaque contre la liberté d'expression à la Charlie Hebdo. C'était plutôt une sordide histoire de vengeance, celle d'un homme amer et colérique contre d'anciens collègues d'une station de télé. S'il faut faire un parallèle, c'est plus une tragédie à la OC Transpo qu'à la Charlie Hebdo.

Certains diront que ce n'est qu'une autre tuerie à l'arme à feu comme il s'en produit tous les jours aux États-Unis et qui viendra alimenter le sempiternel débat autour du Second Amendement chez nos voisins américains.

C'est vrai.

Mais là où le double meurtre de Vester Lee Flanagan n'est pas banal, c'est dans la volonté du tueur de non seulement commettre des meurtres en direct, mais d'en diffuser largement des images sur les médias sociaux. Car tout indique que Flanagan tenait à raconter sa propre version de l'histoire. Il a filmé ses propres images du carnage qu'il a ensuite diffusées sur Twitter et Facebook. Tout ça alors que les policiers étaient encore à ses trousses.

Des images insoutenables où on le voit s'approcher de ses victimes et pointer son pistolet sur la journaliste pendant 18 secondes avant de se mettre à tirer. Pendant tout ce temps, Alison Parker est inconsciente de l'arme braquée sur elle et mène son entrevue comme si de rien n'était.

C'est comme si Flanagan, ex-journaliste déchu, avait voulu se venger de son ancien employeur en décrochant un scoop fumant sur un fait divers dont il était à la fois le principal acteur et le principal témoin.

Une sorte d'égotrip en direct.

En ce sens, il y a dans cette histoire comme une caricature de notre temps.

Nous vivons à une merveilleuse époque où le moindre quidam peut accéder à la célébrité instantanée en mettant une vidéo de chien savant sur YouTube.

Ç'a ses bons côtés, mais ça permet aussi à un pauvre type d'attirer l'attention du monde entier sur un acte infâme qu'il a commis délibérément, sans exprimer le moindre remords.

D'où cette autre question qui revenait en boucle mercredi: est-ce que les médias traditionnels font bien de rediffuser les images de la vidéo du tueur?

L'ennui, c'est qu'il n'existe pas de réponse définitive à cette question.

D'une part, il y a la crainte de donner une visibilité malsaine à un assassin. D'autre part, on peut se demander quel mal il y a à diffuser des images qui se retrouvent de toute manière sur Internet et qui peuvent aider le grand public à mieux comprendre un événement.

Comme la réponse se trouve souvent quelque part entre ces deux pôles, le débat sur cette grande question n'est jamais totalement consommé et continue de varier au gré des époques.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer