Des gadgets sans la conviction

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On sait maintenant que la Ville de Gatineau a raté - et de beaucoup! - sa cible de réduction des gaz à effet de serre pour 2015.

Le vérificateur général Alain Girard en traite en long et en large dans son rapport annuel. Rien d'étonnant à cet échec quand on constate que Gatineau n'a jamais mis la population dans le coup.

Non seulement la Ville n'a jamais informé les citoyens de ses cibles de réduction des GES, elle n'a jamais divulgué non plus les inventaires qui ont servi à fixer ses objectifs.

En fait, toute l'opération sent l'improvisation à plein nez.

Comme si Gatineau avait voulu se donner de belles cibles pour cultiver son image de ville verte, mais sans jamais se mettre dans une situation où il lui faudrait un jour rendre des comptes.

Pire, Gatineau ne s'est jamais donné la peine de convaincre ses employés municipaux de prêcher par l'exemple. Elle a préféré opter pour des raccourcis qui n'ont pas fonctionné.

Seule circonstance atténuante: Québec a aidé financièrement les villes à dresser des inventaires de leurs émissions polluantes... avant de les laisser à elles-mêmes pour la mise en place des mesures correctrices.

Mais ça reste une pauvre excuse pour avoir raté des cibles qui n'étaient pas, au départ, très ambitieuses.

Le plus grand péché de la Ville de Gatineau, c'est peut-être et surtout de ne pas avoir cru elle-même dans les objectifs qu'elle s'était fixés.

Une anecdote rapportée dans le rapport du VG me semble particulièrement éloquente à ce sujet.

Voilà quelques années, Gatineau a voulu mettre fin à cette mauvaise habitude répandue chez les cols bleus qui consiste à laisser tourner au ralenti le moteur de son truck même quand celui-ci est à l'arrêt.

Cette pratique embarrassait l'administration de Marc Bureau et pas seulement parce qu'il se targuait d'être un maire écolo. C'est qu'à l'époque, la Ville de Gatineau voulait faire adopter un règlement prévoyant d'imposer une amende salée à tout automobiliste pris à laisser tourner son moteur au ralenti pendant plus de 5 minutes.

Or la Ville a réalisé qu'elle ne pouvait sanctionner un citoyen pour un comportement répréhensible qu'elle tolérait de la part de ses propres employés...

La bonne chose à faire aurait été de mobiliser les employés, de les convaincre d'embarquer dans cette cible que la Ville de Gatineau s'était donné de réduire de 20% ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020.

Mais apparemment, c'était trop compliqué de convaincre des cols bleus de fermer leur moteur. Gatineau a donc opté pour une autre solution qui avait l'avantage d'être simple, directe et... complètement inefficace.

Elle a acheté des coupe-moteurs.

Près de 160 véhicules municipaux ont été équipés de ses dispositifs qui éteignent automatiquement le moteur quand celui-ci tourne au ralenti depuis un certain temps.

Si ça a marché?

Pantoute.

Les coupe-moteurs n'ont jamais rempli leurs promesses, au contraire. Loin de régresser, les émissions polluantes ont continué de grimper, constatait mardi le vérificateur général dans son rapport.

C'est que, peu sensibilisés, les cols bleus ont tout de suite perçu les coupe-moteurs comme des contraintes. Débrouillards comme ils sont, ils ont vite trouvé le moyen de les contourner, soit en les débranchant, soit en redémarrant le moteur sitôt éteint.

Le scandale n'est pas tant le coût d'acquisition de ces bébelles qui se détaillait quelque part entre 500 et 1000$ pièce.

Ce qui me choque, c'est que Gatineau a renoncé, dès le départ, à convaincre sa population et ses employés de la nécessité d'agir contre le réchauffement climatique. Elle a préféré se cacher derrière des gadgets électroniques.

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