Les marchands du Temple

Un parent déterminé à faire un don à... (IMACOM, Frédéric Côté)

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Un parent déterminé à faire un don à son école ou à sa commission scolaire est libre de le faire sans passer par un intermédiare.

IMACOM, Frédéric Côté

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Voilà que les marchands du Temple s'infiltrent insidieusement dans nos écoles primaires en Outaouais.

Cette école primaire qui, je vous le rappelle, est censée être neutre, libre de toute influence politique, religieuse et... commerciale. 

La loi est pourtant claire, les écoles n'ont pas le droit d'accepter des dons s'ils sont liés à une quelconque sollicitation de nature commerciale.

Et pourtant, le ministère de l'Éducation hésite encore à trancher sur ce traitement de faveur qu'on est en train d'accorder aux entreprises Bureaux en gros, Mabel's Labels et autres Fundscrip. 

Au-delà de la loi, l'enjeu ici est de s'assurer qu'il existe au moins un endroit sur terre, l'école, où nos enfants puissent développer leur esprit critique à l'abri de toute influence publicitaire et commerciale. 

Je parle évidemment de ces lettres que des écoles font parvenir aux parents pour leur suggérer fortement d'acheter leurs fournitures scolaires chez un commerçant en particulier. 

Grosso modo, on vous informe que le commerçant en question s'est engagé à verser une ristourne à l'école, en fonction d'un pourcentage sur les achats effectués par les parents. 

De prime abord, ça a l'air d'une bonne idée. 

Le parent se procure du matériel scolaire, l'école empoche une ristourne au passage, et l'entreprise privée encaisse des profits tout en soignant son image de bon citoyen corporatif. 

Alors, quel est le problème? 

D'abord que ce genre d'entente commerciale se conclut dans un contexte pas très clair et à l'insu des commissions scolaires qui y sont plutôt réfractaires. 

Pas pour rien que les compagnies empruntent la porte d'en arrière pour vendre leur salade, évitant les commissions scolaires pour s'adresser directement aux directions d'école et aux comités de parents. 

Si bien qu'au final, on ne sait pas trop comment ces ententes de partenariat sont négociées. Qui décide d'adhérer ou non à tel programme? 

Est-ce qu'on s'assure que les programmes de ristournes en donnent vraiment pour leur argent aux parents? 

Est-ce que des entreprises sont favorisées indûment au détriment de certaines autres? 

On l'ignore. 

Toute la démarche souffre d'un flagrant manque de transparence en plus de menacer la sacro-sainte neutralité commerciale de nos écoles. 

*** 

Et puis, il y a quelque chose de troublant à voir des directions d'école et des conseils d'établissement se prêter aussi allègrement au jeu des grosses compagnies. 

En principe, les écoles participantes doivent laisser aux parents le choix de faire leurs achats où ils le désirent. 

Mais en pratique, on met beaucoup de pression sur les parents. 

Certaines écoles poussent l'obligeance jusqu'à fournir un code d'accès aux parents pour faciliter leurs achats chez un fournisseur plutôt que chez un autre. 

À l'école Massé, on verse dans le chantage émotif. Une lettre avertit les parents qu'ils priveront l'école d'une ristourne de 3$ par achat s'ils boudent le fournisseur désigné par la fondation de l'école. 

*** 

On peut se demander s'il y a vraiment nécessité, pour les écoles, de s'aventurer sur un terrain aussi glissant du point de vue éthique. 

Il est loin d'être clair que le jeu en vaut la chandelle. Surtout si on prend le temps d'analyser dans le détail un programme comme celui de Fundscrip, par exemple. 

On comprend alors qu'il suffit d'un détail, qu'un paiement se fasse par carte de crédit par exemple, pour qu'une bonne partie de la ristourne versée à l'école soit annulée. 

De toute manière, si l'enjeu est le sous-financement des écoles, on n'a pas besoin d'acheter des cartes-cadeaux chez Fundscrip ou de magasiner chez Bureau en gros pour le régler. 

Un parent déterminé à faire un don à son école ou à sa commission scolaire est libre de le faire sans passer par un intermédiaire. 

Il recevra même un reçu d'impôt pour sa peine. 

C'est trop simple ou quoi?

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