Vous habitez dans un tipi?

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Le promoteur immobilier Jeff Westeinde s'est de son propre gré fourré le nez dans un double guêpier: les affaires autochtones et le monde hypersyndiqué de la construction au Québec.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Rainy Meness me jasait de tous ces préjugés auxquels font face les autochtones qui se cherchent du boulot hors réserve dans le domaine de la construction.

Dès que Rainy sort des limites de Kitigan Zibi, une réserve algonquine située près de Maniwaki, ses nombreuses années d'expérience à manier la pelle mécanique et de l'équipement lourd ne comptent plus.

Comme bien des autochtones qui habitent et travaillent sur une réserve, Rainy n'a pas de carte de la Commission de la construction du Québec (CCQ) qui lui ouvrirait la porte des chantiers syndiqués au Québec. 

Ce grand et solide Algonquin est donc confiné aux seuls chantiers de la réserve indienne. Ailleurs, il se bute non seulement au cadre légal imposé par la (CCQ), mais aussi aux préjugés de nombreux employeurs qui hésitent à embaucher de la main-d'oeuvre autochtone. 

D'ailleurs, Rainy n'hésite pas à parler de « racisme » pour décrire les réticences de certains entrepreneurs à l'endroit des ouvriers autochtones. 

« Des fois, je me fais encore demander si je vis dans un tipi. Alors il faut que j'explique que, comme tout le monde, je vis dans une maison. Vous savez, ces boîtes carrées avec des murs en drywall ? » soupire-t-il. 

Ça, c'est la réalité de bien des autochtones. 

Alors quand un gros promoteur immobilier comme Jeff Westeinde de Windmill clame haut et fort qu'il veut embaucher de la main-d'oeuvre autochtone sur le chantier de Zibi, à Gatineau, les autochtones tendent soudain l'oreille. 

Quand, en prime, la CCQ fait écho à ces déclarations pour dire qu'elle est ouverte à « des mesures administratives particulières » pour réaliser le voeu du grand patron de Windmill, c'est bien simple, les autochtones n'en croient plus leurs oreilles. 

« À ma connaissance, c'est la première fois qu'un gros développeur comme Windmill vient voir les Algonquins pour les inviter à travailler pour lui. C'est un précédent », tranche Wanda Thusky de Decontie Construction, une autochtone de Lac-Barrière. 

Quant à Rainy Meness, il avait depuis longtemps renoncé à faire reconnaître ses acquis par la CCQ. Mais le voilà maintenant prêt à tenter le coup pour obtenir sa carte de compétence au Québec. 

« C'est beau à voir, un gros donneur d'ouvrage comme Windmill qui veut donner la chance aux gens des Premières Nations de travailler. Et c'est du long terme puisqu'on parle d'un chantier de plus d'un milliard réparti sur 15 ans », dit-il. 

Environ une vingtaine d'ouvriers autochtones sont venus, comme Rainy Meness, s'enquérir des possibilités d'emplois sur le chantier de Zibi hier matin. 

La firme Decontie va faire un inventaire et tenter de régulariser la situation de tout ce beau monde auprès de la CCQ afin qu'ils puissent travailler sur le chantier. J'ignore si ces démarches porteront des fruits. 

Mais en attendant, rendons à Jeff Westeinde ce qui lui revient. 

L'homme d'affaires n'était pas obligé de se donner tout ce mal pour embaucher des autochtones. 

De son propre gré, il vient se fourrer le nez dans un double guêpier : les affaires autochtones et le monde hypersyndiqué de la construction au Québec 

Jusqu'à maintenant, la CCQ a fait montre d'ouverture. Mais ce pourrait être une tout autre histoire si les puissants syndicats de la construction décidaient de s'en mêler. 

Quant aux communautés autochtones, il y a sans doute une part de calcul dans la volonté de Windmill de les inclure dès le départ. Avec des ouvriers amérindiens sur le chantier de Zibi, il sera beaucoup plus délicat pour d'autres groupes autochtones, plus ou moins légitimes, de bloquer le projet. 

En même temps, on sent chez Jeff Westeinde une réelle volonté de créer des liens entre les communautés. Le gars nous confiait, la semaine dernière, qu'il était prêt à monter à l'Assemblée nationale avec « ses » Algonquins pour faire débloquer les choses. 

Parions qu'une telle menace en a incité plus d'un à prendre ses revendications au sérieux !

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