La chance qu'on a

Marie-Eve Rondeau en est à sa sixième mission...

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Marie-Eve Rondeau en est à sa sixième mission avec Infirmières de l'humanité.

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C'est immanquable. Chaque fois que l'infirmière Marie-Ève Rondeau revient à Gatineau après un voyage humanitaire à l'étranger, elle ressent un puissant choc culturel.

Après deux semaines à soigner des malades dans un village pauvre du Guatémala pour le compte d'un organisme humanitaire, elle réalise comment on se plaint souvent le ventre plein au Québec.

«Quand je reviens, je suis moins parlable pendant un certain temps. C'est notre façon de vivre au Québec qui vient me chercher. Comment on peut parfois se plaindre sans réaliser la chance qu'on a. 

«Là-bas, j'ai vu un enfant qui fait de l'anémie. Il a de la misère à manger une seule fois par jour. Alors qu'ici, on fait de la surconsommation», raconte cette jeune infirmière clinicienne au centre Pierre-Janet. 

*** 

À 26 ans, Marie-Ève assume pleinement son côté missionnaire. 

Malgré son jeune âge, elle en est déjà à sa sixième mission avec Infirmières de l'humanité, un organisme fondé par des diplômés de l'Université de Sherbrooke comme elle. 

Après trois voyages au Pérou, elle a enchaîné avec trois missions au Guatémala. Cet été, Marie-Ève était accompagnée d'une collègue travailleuse sociale, Geneviève Quevillon, et de son fils de 7 ans, Samuel. 

Pendant deux semaines, les deux femmes ont soigné et éduqué les patients qui faisaient la queue à la clinique de santé de San Mateo de Milpa Altas, un village situé à quelques kilomètres de la ville touristique d'Antigua. 

Les deux femmes sont arrivées à destination avec un puissant désir d'aider leur prochain. Et une valise pleine de médicaments qu'elles ont réussi à passer, non sans quelques difficultés, aux douanes guatémaltèques. 

Chaque jour, elles accueillaient tout un cortège de malades. Les cas les plus fréquents: des infections urinaires, des douleurs gastriques, du diabète, de l'hypertension et beaucoup de problèmes de vision. 

La population, très pauvre, n'a souvent pas les moyens de se déplacer jusqu'à l'hôpital le plus près si leur état de santé est grave. Sans médecin sur place et avec peu de moyens à sa disposition, Marie-Ève a dû se débattre contre un frustrant sentiment d'impuissance. 

«Il y a eu cet enfant de 10 ans qui faisait de la fièvre. Mais je n'arrivais pas à en trouver la cause. On lui a donné des Tylenol. Je lui ai dit de revenir me voir si ça persistait, qu'on le descendrait au centre de santé. Mais comme souvent, je n'ai pas eu de nouvelles de lui...» 

«Au moins, cette fois-ci, on avait des médicaments parce qu'on savait qu'il en manquait là-bas en raison de la situation économique et politique. Normalement, on n'en amène pas. On va là pour faire de l'éducation, pas pour suppléer à leur système de santé», raconte-t-elle. 

Cette année, c'est vraiment le cas d'un vieux monsieur de 93 ans, complètement paralysé à la suite d'un AVC, qui l'a bouleversée. 

«Je n'avais aucun moyen de l'aider, et sa famille encore moins. Il n'avait pas les moyens de se rendre à l'hôpital pour faire des tests. Et pas question de l'embarquer sur une moto dans son état. Alors je suis allé le voir chaque jour pour vérifier s'il ne faisait pas une infection pulmonaire. J'ai su qu'il était décédé peu après mon départ...» 

C'est le sentiment de faire une différence, même infime, qui pousse Marie-Ève à consacrer ses temps libres et ses vacances à soigner les plus démunis de la terre. 

«Je me dis que j'ai le pouvoir, la capacité de le faire. Si ça peut faire une différence pour eux, même minime... D'ailleurs, c'est souvent minime comme différence pour eux. C'est pour moi que ça fait une grande différence. J'ai toujours voulu aider les gens. Et là-bas, t'as une reconnaissance que tu n'as pas ailleurs.» 

«Un jour, on est allé voir une personne âgée de plus de 80 ans. Elle travaillait dans sa maison. Et elle n'y voyait pas bien. On lui a donné une paire de lunettes. Elle s'est mise à pleurer. En disant que Dieu nous avait envoyés, qu'on était là pour elle...» 

«Quand une chose comme celle-là arrive, tu retrouves la passion, le dévouement, la raison profonde qui t'a poussée à devenir infirmière ou travailleuse sociale.»

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