Chacun son style

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C'est un vieux truc de journaliste. Garder une question inattendue pour la fin quand notre interlocuteur a baissé la garde.

Mais à la vitesse à laquelle Jeff Westeinde a répondu à notre question, pas sûr qu'on avait besoin d'user du stratagème pour avoir le fond de sa pensée.

« Qu'est-ce que vous pensez des deux tours que le grand patron de Brigil, Gilles Desjardins, veut bâtir au centre-ville ? »

Le dossier a beau être teinté d'une bonne dose de controverse, le patron de Windmill et instigateur d'un projet immobilier de un milliard au centre-ville de Gatineau, a exprimé sans détour son opinion.

« J'aime son projet, ça donne de la visibilité à Gatineau, a dit M. Westeinde. Pour les gens de l'Ontario, et probablement plus pour les anglophones, Gatineau est perçue comme une ville plus difficile à vivre.

« Les projets comme celui de Gilles Desjardins, ça montre qu'il y a beaucoup d'activités à Gatineau, que des choses s'y passent, comme les Grands Feux du Casino, le spectacle Agwàtà... »

Sur sa lancée, M. Westeinde a aussi loué la densité du projet de Brigil qui comprendrait 200 chambres d'hôtel, des condos et de l'espace commercial.

« En tant qu'environnementaliste, la densité est vraiment importante pour moi et je pense que les banlieues ne sont pas une bonne façon de vivre pour une planète », a-t-il ajouté.

Là, j'ai souri.

« C'est qu'à Gatineau, M. Westeinde, Brigil est le constructeur de plusieurs de ces nombreuses banlieues que vous décriez... »

Il a rougi comme un enfant pris en défaut.

***

L'opinion de Jeff Westeinde sur le projet de Brigil a ceci d'intéressant qu'elle révèle le point de vue d'un Ontarien sur la question.

Du côté d'Ottawa, une tour de 55 étages surplombant toute la région de la capitale serait perçue comme le signal que Gatineau veut jouer dans la cour des grands.

C'est précisément l'argument que martèle Gilles Desjardins pour vendre son projet à la population. Ironiquement, c'est du côté d'Ottawa que cet argument semble trouver écho.

Parce que jusqu'ici, l'accueil fait aux projets de Windmill et de Brigil à Gatineau ne saurait être plus différent.

Autant les deux tours de Brigil ont été accueillies par une levée de boucliers, autant le projet de Windmill ne suscite aucune opposition du côté québécois.

L'approche très différente des deux promoteurs y est sans doute pour quelque chose.

Alors que Gilles Desjardins représente une vision plus traditionnelle du développement immobilier, Jeff Westeinde est l'incarnation même du jeune promoteur idéaliste et écologique avec son look décontracté et son sourire perpétuel.

À l'entendre parler, on a parfois l'impression que ce n'est pas un complexe immobilier que Windmill veut bâtir en bordure des chutes Chaudières, mais une réplique de l'Exposition universelle !

En cherchant à s'assurer dès le départ l'appui d'un certain establishment - notamment d'anciens maires - Gilles Desjardins a usé d'une stratégie à double tranchant. Ce n'est pas tout le monde, à Gatineau, qui voit d'un bon oeil cette proximité entre des politiciens (même des ex !) et des promoteurs.

Jeff Westeinde a préféré mettre la population dans le coup dès le début en tenant rapidement des consultations publiques. Il s'est aussi fendu en quatre pour mettre de son bord la communauté autochtone.

***

Mais au-delà du style des promoteurs, c'est la nature des deux projets qui expliquent sans doute le mieux l'accueil fort différent qu'ils ont reçus de la population.

Dans les faits, le projet de Windmill, baptisé Zibi, est taillé sur mesure pour aller chercher un maximum de subventions gouvernementales. Pas pour rien que Jeff Westeinde émaille son discours de mots clés comme « communauté durable » ou « respect du patrimoine ».

Alors que Zibi cadre plutôt bien avec les orientations de la Ville de Gatineau, Gilles Desjardins tente d'arracher d'importances concessions en demandant de construire des tours de 35 et de 55 étages là où le zonage n'en permet que six. Pas étonnant que ça fasse grincer des dents.

Windmill a aussi l'avantage de vouloir bâtir sur des terrains sans voisins immédiats. Son projet ne dérange pas autant que les tours de Brigil qui plongeraient dans l'ombre les résidents d'un vieux quartier pittoresque.

Alors sans doute que Jeff Westeinde se buterait aux mêmes difficultés que Gilles Desjardins si les rôles étaient inversés et que c'est lui qui voulait construire deux tours au centre-ville...

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