Les moulins à vent

À défaut de pouvoir s'alimenter à des sources... (Étienne Ranger, LeDroit)

Agrandir

À défaut de pouvoir s'alimenter à des sources d'information fiables, la population s'est rabattue sur l'opinion de soi-disant  experts.

Étienne Ranger, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

C'est la raison qui devrait dominer les débats en démocratie. Pas la peur d'avoir peur, et encore moins l'appât du gain, comme ce fut le cas pour ce projet d'éoliennes dans le village de La Nation, en Ontario.

Le conseil municipal du maire François St-Amour a retiré son appui à deux projets totalisant près de 70 éoliennes, lundi soir, sous les vivats de quelque 200 manifestants massés devant l'hôtel de ville de ce patelin agricole de l'Est ontarien.

La pression populaire aura fait reculer les politiciens qui avaient pourtant ouvert toutes grandes les portes de leur village aux promoteurs, au printemps, alléchés par la promesse de redevances et de généreux revenus de taxes.

« Oui, on change d'idée, a soupiré le maire St-Amour après le vote. Mais avec le montant de population qui demande notre support, il faut y aller avec la majorité. »

Le maire St-Amour pourra dire tant qu'il voudra qu'il a écouté la « majorité », les rouages de la démocratie ont mal fonctionné dans ce dossier. Car la majorité n'a pas toujours raison. Elle peut avoir tort, surtout quand elle est mal informée et motivée par la peur comme c'est le cas ici.

Comme Don Quichotte, le mouvement Sauvons La Nation s'est lancé dans une charge à fond de train contre les moulins à vent, convaincu que le bruit et la vibration des grandes hélices allaient ruiner leur santé, polluer le paysage et faire baisser la valeur de leur propriété.

À ces craintes tout à fait légitimes, les autorités devaient opposer des réponses sensées, basées sur les faits. Là-dessus, ils ont failli lamentablement.

On ne reprochera pas à un village comme La Nation d'avoir manqué de réponses à fournir à la population. Ils n'ont pas les moyens d'embaucher des experts et de financer des études pour évaluer l'impact des éoliennes sur la santé humaine.

S'il faut pointer quelqu'un du doigt pour l'absence d'information crédible, c'est bien davantage le gouvernement libéral de l'Ontario.

Après tout, c'est lui qui souhaite développer l'énergie éolienne dans la province. Or, le député libéral de Prescott-Russell, Grant Crack, a brillé par son absence dans ce dossier. Il a préféré laisser les élus de La Nation se dépatouiller avec la population en colère.

Du côté de Santé Canada, on n'est pas en mesure non plus d'apporter un éclairage au débat. Santé Canada est en train d'évaluer les conséquences sur la santé des éoliennes, mais il n'a pas de réponses concluantes à fournir jusqu'à maintenant.

À défaut de pouvoir s'alimenter à des sources d'information crédibles et indépendantes, la population s'est rabattue sur les ragots et les rumeurs colportées par de soi-disant experts. On ne peut guère le lui reprocher. Les gens ont fait du mieux qu'ils le pouvaient pour se renseigner dans les circonstances.

Mais à la fin, c'est la peur, et aussi l'appât du gain, qui auront pris toute la place dans le débat. Quelques heures avant le vote crucial de lundi soir, un promoteur d'éoliennes a doublé son offre à la municipalité dans l'espoir d'influencer la décision des élus de La Nation et de conserver leur appui

Tout le débat a profondément divisé la population de La Nation sans jamais vraiment s'élever. On est resté au ras des épis de maïs, au niveau du « syndrome pas dans ma cour », alors que la discussion aurait dû tourner sur l'évidente nécessité de développer des énergies vertes en Ontario pour remplacer les polluantes centrales au charbon et au nucléaire.

Dans cette bataille contre les moulins à vent, c'est la démocratie qui a perdu.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer