Gatineau n'existe pas

Un autobus à deux étages passe devant le... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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Un autobus à deux étages passe devant le parlement pendant une visite touristique.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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On se demande pourquoi les touristes de passage à Ottawa sont si peu nombreux à traverser la rivière pour visiter Gatineau et l'Outaouais.

Une partie de la réponse se trouve probablement dans ces tours guidés qu'on offre à partir d'Ottawa aux touristes de passage dans la capitale.

Je me suis payé un tour d'un peu plus d'une heure, le 24 juillet dernier, dans un de ces autobus à impériale qui sillonnent tout l'été le centre-ville d'Ottawa avec une brève incursion du côté de Gatineau.

Et c'est bien simple, c'est tout comme si Gatineau n'existait pas du point de vue de ces tours guidés qui se targuent de faire découvrir l'histoire de la région aux visiteurs.

Pas un mot pendant les 70 minutes de la randonnée sur l'histoire de Gatineau, sur les exploits de Jos Montferrand, sur l'éprouvant boulot des allumettières, sur le Grand Feu de 1900, sur le fondateur Philemon Wright...

Même pendant la partie du trajet où l'autobus roule à Gatineau, la guide a continué de nous parler d'Ottawa, ou encore de cette exposition sur Terry Fox au Musée canadien de l'histoire.

D'accord, l'autobus a fait un arrêt devant la statue de Maurice Richard au parc Jacques-Cartier. Mais sans rien enlever au Rocket, le hockeyeur n'a aucun lien direct avec l'histoire de Gatineau et de l'Outaouais.

En fait, je ne suis même pas sûr que la guide ait pris la peine de nous mentionner qu'on roulait dans les rues de Gatineau.

Sauf erreur, elle s'est contentée de lancer un «Welcome Québec, bienvenue au Québec» alors que l'autobus franchissait la frontière interprovinciale sur le pont du Portage.

Je vous le dis, c'est comme si Gatineau n'existait pas...

J'étais un peu sous le choc, tout comme Michel Prévost, archiviste en chef de l'Université d'Ottawa et président de la Société d'histoire de l'Outaouais qui m'accompagnait dans l'autobus.

C'est certain qu'un survol de l'histoire de la capitale ne saura jamais contenter un homme érudit et féru d'histoire comme M. Prévost.

D'une manière générale, l'historien a trouvé que la guide n'insistait pas assez sur les dates et sur l'architecture exceptionnelle de certains bâtiments, tout en accordant trop d'importance à de simples anecdotes.

Mais lui aussi, c'est la partie gatinoise de la visite qui l'a déçu au plus haut point. «On a préféré nous parler de Maurice Richard et de Terry Fox qui n'ont aucun rapport avec la région alors que Hull a été autrefois la capitale mondiale du bois», a-t-il laissé tomber.

«Pas un seul mot sur les allumettières alors qu'on circulait sur le boulevard du même nom, regrette-t-il encore. La guide avait déjà les yeux tournés vers Ottawa pour nous parler de l'ancienne maison de John A. Macdonald...»

«On n'a pas entendu un mot sur le parc de la Gatineau de toute la visite, poursuit M. Prévost. Alors qu'à plusieurs reprises durant le tour d'autobus on a pu apercevoir au loin les beaux paysages du parc...»

Avoir été un des nombreux touristes assis avec nous à l'étage de l'autobus à impériale, pas sûr que ce tour m'aurait donné le goût de revenir visiter Gatineau.

Voilà des années qu'on cherche à retenir à Gatineau les millions de touristes qui visitent chaque année le Musée canadien de l'histoire avant de repartir illico vers Ottawa.

Faudrait peut-être commencer par leur dire que Gatineau existe et qu'elle a une histoire à raconter. Peut-être que Tourisme Outaouais devrait organiser ses propres tours guidés de Gatineau à partir d'Ottawa!

"*

Remarquez que du côté d'Ottawa non plus, la visite guidée n'a rien de très inspirant.

On fait un survol de l'histoire de la capitale fédérale, sans entrer dans les détails.

Plus qu'une visite guidée historique, on a eu l'impression de faire la tournée touristique des attraits touristiques de la capitale fédérale...

On a eu droit à beaucoup d'information sur l'histoire militaire du Canada et du 150e anniversaire de la Confédération dans deux ans.

Mais pas un mot sur les 400 ans de présence française en Amérique et sur la présence autochtone qui remonte à 10000 ans...

À part ça, il faisait quand même bon de prendre un peu de soleil à l'étage d'un autobus à impériale.

Mais pour le reste, on est restés sur notre faim.

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