Les petits monstres

Le tandem composé des Gatinois Étienne Dupuis et... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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Le tandem composé des Gatinois Étienne Dupuis et Jérémy Demers s'entraînant au jeu de cartes Pokémon en vue d'une compétition internationale qui se déroule la semaine prochaine à Boston, au Massachusetts.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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Hé! Jouez pas si vite, les gars, je n'arrive pas à suivre...

Attablés l'un devant l'autre, Jérémy Demers, 11 ans, et Étienne Dupuis, 10 ans, essayaient de m'initier aux règles du jeu de cartes Pokémon.

Car au lieu de passer leurs vacances à jouer au soccer ou au PlayStation, les deux jeunes Gatinois consacrent des heures et des heures à peaufiner leur stratégie au Pokémon, un jeu de cartes importé du Japon.

Sont tellement bons qu'ils occupent respectivement le premier et le deuxième rang au classement québécois, en plus de figurer parmi le top-15 de leur catégorie d'âge au Canada.

Source de motivation supplémentaire pour les deux jeunes: ils se sont qualifiés pour le championnat mondial de cartes Pokémon qui se déroule du 20 au 23 août à Boston. Une qualification arrachée de haute lutte après une série de tournois au Québec et en Ontario.

Nos deux petits gars s'en vont jouer contre les meilleurs au monde et ils veulent faire bonne figure.

Alors ils jouent à toute vitesse, étalant sur la table de la cuisine de jolies cartes colorées mettant en vedette des Pokémons, un mot dérivé du japonais pour «petits monstres».

«Pitié les gars, pas si vite!» ai-je imploré.

Le père d'Étienne, Jean Louis Dupuis, a compati. «Ne t'en fais pas, j'ai encore de la misère à comprendre le jeu. C'est tellement complexe, il y a tellement de stratégie... J'ai bien essayé! Mais c'est comme s'il se passait quelque chose dans la tête de ces deux-là qui ne se passe pas dans la mienne.»

***

Ce que j'ai rapidement compris par contre, c'est tout l'aspect commercial entourant ce jeu-là. Pokémon est une multinationale qui ne fait pas que dans les jeux de cartes, mais aussi dans les jeux vidéos et toutes sortes de produits dérivés comme des séries animées, des mangas, etc.

Dans les tournois, Étienne et Jérémy jouent avec des decks de 60 cartes valant autour de 200$ chacun. Et ils en ont plusieurs. Toute la stratégie du Pokémon tourne autour des decks. Un joueur essaie de se monter un jeu avec de fortes cartes qui lui permettront de vaincre ses adversaires.

La partie se joue donc beaucoup dans la préparation à la maison. Les jeunes passent des heures à tester des decks, y compris ceux des meilleurs joueurs au monde disponibles sur Internet. Certains joueurs sont prêts à payer cher pour obtenir les meilleures cartes.

Avec leur père, les deux jeunes passent des heures sur eBay et sur des sites spécialisés à chercher LA carte qui améliorera leur deck de manière décisive.

«Tous les trois mois, une nouvelle série de cartes sort sur le marché. Et c'est comme ça depuis 1996, sans compter les miniséries», explique le père de Jérémy, Éric Demers, lui-même un bon joueur de Pokémon.

Donc si je comprends bien, plus tu paies cher pour ton jeu de cartes, plus t'améliores tes chances de gagner?

«Pas tout à fait, rétorque Éric. C'est comme la Formule Un. Tout le monde finit par avoir à peu près la même voiture, avec la même puissance de moteur. À la fin, c'est l'habileté du pilote et les réglages qui font la différence.»

***

Éric est le fondateur d'une ligue qui rassemble une vingtaine de joueurs, chaque dimanche, à la boutique Multizone de Gatineau. C'est lui qui a initié son fils au Pokémon.

À l'inverse, Jean Louis a été happé malgré lui par la passion de fiston. «Pour être franc, je nourrissais des préjugés par rapport aux jeux de cartes. Mais à force de voir Étienne s'accomplir et s'amuser avec ses amis, j'ai changé d'avis. Ils ont un fun noir! Et c'est vrai que les cartes sont belles.»

Entretemps, les deux garçons ont terminé leur partie. C'est quoi votre objectif aux Mondiaux, les gars?

«Bien, 64 joueurs vont survivre à la première journée de compétition du vendredi et mon objectif est d'en faire partie», raconte Étienne. «Même chose pour moi, dit Jérémy. Ma crainte, c'est d'affronter des bons joueurs dès le début et de perdre tous mes matches...»

Allez, bonne chance, les petits monstres.

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