Monsieur Compost

Albert Daoust fait figure d'exception à Gatineau, où... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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Albert Daoust fait figure d'exception à Gatineau, où un citoyen sur deux résiste encore et toujours à l'obligation de participer à la collecte du compostage.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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D'une certaine manière, le Gatinois Albert Daoust était prédestiné à devenir un Monsieur Compost.

Sur la ferme de son enfance, à Mirabel, il était plus simple de composter les déchets que de les jeter à la poubelle.

La « dump » à Lachute, comme on appelait le fameux dépotoir à l'époque, n'ouvrait qu'une fois l'an.

Comme ce n'était pas très pratique d'accumuler des poubelles pendant une année complète, on récupérait, on recyclait et on compostait.

C'était tout à fait naturel à l'époque.

« Les pelures de patates allaient dans le dalot à fumier. Et les pelures de pommes, on les jetait aux veaux qui se battaient pour en avoir des morceaux », raconte-t-il en riant.

Pas étonnant qu'à 59 ans, il composte encore. Même s'il vit maintenant en ville, dans une maison unifamiliale, au coeur d'un quartier résidentiel de Gatineau.

Albert Daoust fait figure d'exception à Gatineau, où un citoyen sur deux résiste encore et toujours à l'obligation de participer à la collecte du compostage.

Pour bien des Gatinois, toutes les excuses sont bonnes pour lever le nez sur le compostage, des mauvaises odeurs aux asticots, en passant par les mouches, la saleté, la vermine...

Mais Albert Daoust, lui, composte de bon coeur. Pas qu'il soit plus militant qu'un autre, même si l'environnement lui tient à coeur.

C'est tout simplement qu'il trouve ça... pratique. Tout comme il était plus pratique de composter les pelures de patate sur la ferme de son enfance. Composter, recycler, ça fait partie de son ADN.

« Dans le fond, être écolo, c'est un peu être paresseux. Et moi, je suis paresseux !, rigole-t-il. C'est de laisser la nature faire son travail, que ce soit dans les bacs à compost ou en laissant le gazon fraîchement coupé sur le terrain pour l'engraisser. »

Y'a pas grand-chose qui se retrouve à la poubelle dans la maison d'Albert Daoust et de sa conjointe Brenda. Si tous les Gatinois étaient aussi zélés qu'eux, la « dump » de Lachute ferait faillite. Et on ouvrirait bien vite une grosse usine de compostage quelque part près de l'aéroport de Gatineau.

Non seulement M. Daoust récupère religieusement ses restes de table et ses débris végétaux, il pousse l'expérience plus loin. Il fait un double tri des matières organiques.

C'est ainsi que la viande se retrouve dans les bacs bruns de la ville. Et tout ce qui est végétal aboutit dans deux petits bacs dans la cour arrière de sa maison. Le compost qu'il produit lui sert de paillis et d'engrais pour son jardin. « Et je n'en ai jamais assez ! », dit-il.

M. Daoust a eu pendant des années une entreprise de compostage à Gatineau. Il a vendu pour faire l'acquisition d'une ferme ancestrale de 7 acres sur le chemin Klock.

Savez quoi ? C'est son nouveau dada. Voilà qu'il veut retaper la ferme et engraisser les champs au compost. « Moi, je pars simplement du principe qu'il faut remettre ce qu'on nous donne en meilleur état qu'il ne l'était, au bénéfice des générations futures. Alors oui, sans doute, je suis un peu plus conscientisé que la moyenne... »

•••

Ce qui est intéressant, c'est que la Ville de Gatineau compte se servir de la moitié des gens qui compostent bien, comme M. Daoust, pour convaincre l'autre moitié de composter à son tour.

Dans le fond, Gatineau veut miser sur cette bonne vieille pression sociale qui fait qu'un citoyen veut une tondeuse aussi grosse, un gazon aussi vert et un asphalte aussi propre que son voisin...

La Ville a donc tenté l'an dernier un projet-pilote misant sur la « saine concurrence » entre voisins pour stimuler la collecte du compostage. Et ça marche.

Pendant deux mois et demi, des employés municipaux ont talonné les habitants d'un quartier qui refusaient de participer à la collecte du compostage. Les récalcitrants étaient approchés par une patrouille verte. On les informait que, disons, 7 personnes sur 10 compostaient déjà sur leur rue.

Ça a convaincu bien des gens de passer à l'action. Dans le quartier visé, la participation à la collecte de compostage a bondi de 22 %, deux fois plus que dans un quartier où l'on faisait de la sensibilisation « normale ».

Morale de l'histoire : si M. Daoust le fait, fais-le donc...

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