Attendre 29 heures à l'urgence

Stella Rathwell et son mari Gérard Émond ont... (Étienne Ranger, LeDroit)

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Stella Rathwell et son mari Gérard Émond ont attendu plus d'une journée à l'urgence de l'hôpital de Gatineau à la suite d'un accident de la route. «J'aurais dû suivre mon premier réflexe et aller à Montfort. Eux, ils ont du bon service! C'est fini pour moi l'urgence de Gatineau», rage-t-elle.

Étienne Ranger, LeDroit

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Dire qu'on appelle ça une urgence.

N'allez pas employer ce mot-là devant Stella Rathwell.

Transportée par ambulance à l'hôpital de Gatineau après un accident de la route, elle a dû patienter 29 heures à l'urgence avant de voir un médecin.

Vingt-neuf heures !

Victime d'une collision sur Maloney, la dame de 69 ans a été admise jeudi dernier, à 15 h. Elle souffrait de douleurs au côté gauche. En apparence, rien de grave. Un cas d'ailleurs jugé « non urgent » au triage.

Et c'est là une partie de son drame. Parce que Mme Rathwell a attendu, attendu et attendu avant de voir un médecin.

Vingt-neuf heures ! Ce doit être un nouveau record. Oui, il y a un sacré paquet de cas non urgents qui engorgent chaque jour les urgences. Des gens qui n'ont carrément pas d'affaire là. Mais Mme Rathwell avait tout à fait sa place à l'urgence. En fait, elle n'avait pas vraiment le choix.

À son âge, et après un accident de voiture, il n'était pas question de la renvoyer chez elle sans lui faire passer une batterie de tests.

Un cas non urgent, confiné à l'urgence. La recette parfaite pour attendre longtemps.

Trop longtemps.

Toute la soirée de jeudi a passé sans que le nom de Mme Rathwell retentisse dans la salle d'attente. Puis toute la nuit. Une nuit blanche à se tortiller sur une chaise inconfortable.

« Durant la nuit, ils n'ont appelé personne. On a su ensuite qu'il n'y avait qu'un médecin de garde », raconte Mme Rathwell. Un médecin qui en avait plein les bras. À minuit, l'urgence était bondée avec un taux d'occupation de 200 %.

Faute de place, les lits disponibles ont été assignés aux plus mal en point. Ceux capables de rester assis, comme Mme Rathwell, sont demeurés assis.

Vous avez pu dormir un peu à l'urgence, Mme Rathwell ?

- Non, je n'ai pas fermé l'oeil.

Et vous n'avez pas pensé à partir ? À retourner chez vous ?

« Oui, bien sûr. Mais j'étais avec mon mari. De temps en temps, y avait du monde qui passait. Et on se disait qu'après avoir attendu tout ce temps, ce n'était rien d'attendre encore un petit peu. Que notre tour allait finir par venir. »

Puis l'impatience a gagné la salle d'attente.

« Un urgentologue est sorti pour parler au monde, poursuit Mme Rathwell. Il a dit qu'il y avait plusieurs codes bleus (arrêt respiratoire) et codes rouges (réanimation) derrière et que les médecins étaient débordés. »

« Pour ma part, je suis passée quatre fois au triage pendant ces heures d'attente. L'infirmière vérifiait si mon état était stable. Tout en me conseillant fortement de rester à l'urgence. »

Un médecin a fini par voir Mme Rathwell. Il était 19 h 30, le vendredi soir.

L'urgentologue a jeté un coup d'oeil à son dossier : « Attendez voir Alors vous êtes ici depuis 15 h cet après-midi ? »

« Non, l'a corrigé Mme Rathwell. Je suis ici depuis 15 heures.. hier. »

Hier ! Même l'urgentologue n'en revenait pas.

Finalement, Mme Rathwell souffre de quelques côtes meurtries. Rien de grave.

Elle est rentrée chez elle vers 21 h, complètement vannée et décidée à porter plainte. « J'aurais dû suivre mon premier réflexe et aller à Montfort. Eux, ils ont du bon service ! C'est fini pour moi l'urgence de Gatineau. »

Et l'hôpital de Gatineau ? « Tout le monde est désolé de la situation », disait hier Geneviève Côté, porte-parole du Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais. Tout en faisant valoir que d'un strict point de vue médical, Mme Rathwell a été bien suivie en tout temps.

Dans un système de santé qui fonctionne bien, Mme Rathwell serait vue non pas à l'urgence, mais dans une de ces futures supercliniques promises par le gouvernement Couillard.

Mais bon, en attendant que la réforme du ministre Barrette porte ses fruits, on fait quoi ?

Le mari de Mme Rathwell, Gérard Émond, a mis le doigt dessus.

« Tout le monde est d'accord avec une procédure de triage à l'urgence. Mais encore faut-il qu'elle ne soit pas appliquée aveuglément. Après une douzaine d'heures d'attente, est-ce qu'on pourrait y mettre un peu d'humanité ? »

De l'humanité, oui.

Parce que d'imposer 29 heures d'attente sur une chaise inconfortable à une accidentée en douleur de 69 ans, ça n'a juste pas d'allure.

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