De vieux murs avec une fabuleuse histoire

Le personnage de Samuel Lassonde, ouvrier de la... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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Le personnage de Samuel Lassonde, ouvrier de la E.B. Eddy, entraîne les visiteurs à découvrir l'histoire de l'ancienne usine située en bordure des chutes Chaudières.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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En organisant des visites guidées des anciennes usines de la E.B. Eddy à Gatineau, le groupe Windmill fait un beau cadeau à la population.

Même si des générations d'ouvriers se sont succédé pour travailler dans ce vaste centre industriel situé en bordure des chutes Chaudières, le grand public n'y a jamais eu accès.

De l'extérieur, on ne soupçonne pas à quel point ces carcasses d'acier et de ciment qui datent du début des années 1900 sont gigantesques. De véritables cathédrales industrielles.

L'intérieur est vide, sale et délabré. Les machines à papier ont disparu, tout comme les milliers d'ouvriers qui s'affairaient jadis dans une chaleur et un bruit infernaux.

Ne reste plus que des lambeaux d'escaliers métalliques, de la peinture écaillée sur les murs, de grilles mal fermées et des tuyaux vides...

Et pourtant, il se dégage de ce spectacle poussiéreux une formidable beauté. Une sorte de charme post-apocalyptique auquel il est impossible de résister.

***

À compter du samedi 27 juin, Windmill organise donc des visites guidées d'une partie des industries acquises de Domtar, en 2013, avec l'idée de les intégrer à un quartier vert.

C'est un comédien déguisé en ouvrier de la E.B. Eddy qui accueille les visiteurs. «Salut, je m'appelle Samuel Lassonde, je suis ouvrier de la E.B. Eddy depuis six ans. J'ai commencé à travailler ici en 1929, au moment de la Grande Crise...»

Le guide entraîne le petit groupe à travers un labyrinthe. Les bâtiments sont reliés entre eux par un réseau de passages, si bien que l'on passe de l'un à l'autre sans s'en rendre compte.

Premier arrêt dans une vaste pièce située au sous-sol d'un bâtiment centenaire.

«Tendez l'oreille...» a commandé le guide.

Dans le silence qui a suivi, on a entendu le puissant grondement de la rivière qui passe tout près, derrière l'épais mur de ciment. Les billots pénétraient directement par une ouverture pratiquée dans l'usine. Ils étaient écorcés, déchiquetés et transformés en pâte à papier.

Le gros du travail se faisait à l'étage supérieur, dans une pièce aux allures de cathédrale. Jusqu'à 2000 ouvriers y ont travaillé dans des conditions de travail assez pénibles.

La chaleur était telle que les employés avalaient des pilules de sel pour combattre la déshydratation. «La bière, c'était après l'ouvrage», rigole le guide, un comédien de la troupe Dérives urbaines.

Sous nos pieds se trouve le canal dans lequel on déversait les retailles et les produits chimiques qui servaient au blanchiment du papier. Autre temps, autres moeurs... La rivière servait alors de dépotoir.

Le Grand Feu de 1900 a détruit l'ensemble des installations. À 73 ans, Ezra Butler Eddy a décidé de tout rebâtir. En deux fois plus grand. Si bien qu'au temps de la Grande Dépression, l'usine faisait vivre 2000 ménages de Hull.

***

La visite guidée, qui dure à peine 25 minutes, m'a laissé sur ma faim. C'est beaucoup trop court!

Voilà 20 ans que j'habite Gatineau et je ne me rappelle pas avoir été aussi fasciné par l'histoire de l'Outaouais.

En visitant l'usine, j'ai compris pourquoi certains de mes collègues trippent sur Philemon Wright, Ezra Butler, Jos Montferrand, les allumettières et les Algonquins...

Les murs de ces vieilles usines ont de fabuleuses histoires à raconter. Et ils le feront toujours mieux que les meilleurs livres d'histoire.

Or de vieux murs, il en reste trop peu.

En matière de patrimoine, l'Outaouais a une fâcheuse tendance à renier son passé. Combien de fois a-t-on abattu de précieux vestiges au nom de la modernité? Aujourd'hui, Gatineau peine à se développer un sentiment d'identité. Rien d'étonnant: il faut savoir d'où on vient avant de décider où on s'en va.

Le site de Windmill recèle un potentiel identitaire fabuleux.

La compagnie a ouvert une porte en redonnant à la population un accès à son riche patrimoine industriel.

Je souhaite de tout coeur qu'elle l'ouvrira encore plus grande au fur et à mesure de l'avancement du projet.

Les visites guidées débutent le samedi 27 juin pour une période de cinq fins de semaine consécutives. C'est gratuit, mais il faut réserver. Détails au www.zibi.ca.

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