Survivre à son suicide

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Dans un moment de profond désespoir, Mario Villeneuve a fait une tentative de suicide, il y a six mois. Un homme l'a sauvé in extremis. Une chance.

Parce que la toute première pensée qui a surgi à son esprit au moment de reprendre connaissance à l'hôpital fut qu'il ne voulait pas mourir.

«À la seconde même où j'ai été réanimé, dès le moment où j'ai repris conscience, ma toute première pensée a été que je ne voulais pas mourir. Je me suis demandé: mais qu'est-ce que j'ai fait là?», raconte ce professeur, psychothérapeute, conférencier et auteur de Gatineau.

Non, Mario Villeneuve ne voulait pas mourir. Un paradoxe étant donné qu'il avait soigneusement planifié son suicide, allant jusqu'à choisir un endroit isolé pour mettre fin à ses jours.

«C'est un miracle que quelqu'un m'ait trouvé tellement je m'étais bien caché», raconte-t-il.

On dit souvent du suicide que c'est une solution permanente à un problème passager. Le vieux cliché colle parfaitement à la réalité vécue par M. Villeneuve.

Au moment de faire sa tentative, Mario Villeneuve souffrait d'une rupture avec sa conjointe de longue date. Le choc l'a plongé dans une profonde dépression, aggravée par un trouble d'anxiété généralisé. Il a dû être hospitalisé.

«Cette journée-là, la journée de ma tentative, un ensemble de circonstances a fait en sorte que je me suis retrouvé dans un trou noir, dans un moment de folie. C'est un préposé de l'hôpital qui m'a trouvé. Il m'a carrément sauvé la vie. Et je ne regrette pas d'avoir raté mon coup.»

Voilà quelques années, j'ai lu les résultats d'une étude portant sur des désespérés ayant survécu à une tentative de suicide du haut du mythique pont Golden Gate, à San Francisco.

Comme Mario Villeneuve, les rares survivants déclaraient avoir regretté leur tentative. De fait, seulement un des 33 survivants est retourné sur le pont pour se suicider de nouveau.

Quand j'ai fait mention de cette étude à M. Villeneuve, son visage s'est éclairé. Il savait de quoi je parlais.

«Je suis sûr que s'ils pouvaient revenir de la mort, la majorité des gens qui ont sauté du haut du Golden Gate diraient qu'ils regrettent leur geste. C'est pour cela qu'il faut démystifier les préjugés», insiste-t-il avec fougue.

«On entend souvent dire que les gens qui ont des idées suicidaires cherchent à attirer l'attention sur eux, qu'ils sont des manipulateurs et qu'ils n'ont pas vraiment l'intention de passer à l'acte», dit-il.

«Dans les faits, il est possible que la souffrance chez un être humain soit tellement grande que le cerveau disjoncte. Alors la tentative de suicide ne reflète plus tant un désir de mourir que de soulager une souffrance devenue intolérable.»

La tentative de suicide de M. Villeneuve est d'autant plus paradoxale qu'il se vend sur son site Web comme un «distributeur de bonheur».

Depuis des années, le psychothérapeute répand sa recette du bien-être à coups de spectacles et de conférences dans les écoles, d'interventions à la radio et à la télévision.

Alors un marchand de bonheur qui tente d'en finir, ça a quelque chose de contradictoire, non? À moins qu'il ne faille pas se fier aux apparences.

«Mes proches n'ont guère été surpris que je fasse une dépression, répond-il. C'était ma deuxième. C'est vrai que dans toutes mes conférences, je me sers de l'humour pour faire passer mon message. Mais j'étais un clown triste, un peu comme l'acteur Robin Williams.»

Six mois à peine après sa tentative, il a décidé de partager son expérience pour combattre les préjugés entourant le suicide.

À compter du 9 août, il entreprend un périple à vélo de Gatineau à Québec, baptisé «La balade du survivant».

Il prévoit faire des arrêts en chemin pour donner des conférences sur la santé mentale. Tous les profits seront remis à l'Association québécoise de prévention du suicide.

«Ça me permettra de tourner une page importante de ma vie tout en aidant les gens», explique-t-il.

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