Punir le génie

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Si le petit Xavier (nom fictif) avait eu le cancer au lieu d'une psychose, les gens se seraient précipités à son chevet pour le réconforter.

Ses amis auraient amassé de l'argent pour la recherche. Des proches auraient préparé des petits plats pour les parents éprouvés. Il y aurait peut-être eu des articles dans les journaux...

Mais Xavier, 10 ans, n'a pas eu droit à un tel courant de sympathie lors de son hospitalisation au centre Pierre-Janet de Gatineau. On a beau être en 2015, les préjugés à l'égard des troubles de santé mentale sont tenaces.

Sa mère, Caroline Pilon, est bien placée pour en parler. Quand sa fille a été hospitalisée pour une méningite, le mot s'est rapidement passé dans son entourage. Tout le monde s'est mobilisé autour de la famille pour traverser l'épreuve. «On a eu un support incroyable», se rappelle-t-elle.

Dans le cas de Xavier, rien de tel.

Le petit a passé ses 10 semaines de thérapie à l'hôpital Pierre-Janet complètement retiré du monde - sans même un droit de visite.

Il ne voyait ses parents que le week-end et avait droit à un appel téléphonique de 15 minutes le mercredi soir. Ainsi le veut le règlement de l'hôpital...

Les parents se sont pliés à la procédure. Mais ils ont vécu ça difficilement. «Quand ton enfant est hospitalisé pour une psychose, le mot ne se passe pas. Tu n'as pas de support. Comme parent, tu te sens jugé d'envoyer de la sorte ton enfant à l'hôpital», raconte Mme Pilon.

Alors non, un séjour dans un hôpital psychiatrique, ce n'est rien pour vous attirer la sympathie du monde. Pour ça, t'es encore mieux d'avoir le cancer...

***

Dans le cas de Xavier, cette thérapie estivale à Pierre-Janet était un passage obligé pour le réintégrer dans une classe ordinaire, après un séjour désastreux dans une classe adaptée.

Quand ça s'est su, à l'école, que Xavier avait séjourné à Pierre-Janet, les rumeurs les plus invraisemblables se sont mises à courir parmi les élèves.

Xavier s'est fait traiter de fou, de cinglé... De fausses rumeurs ont couru, dont celle voulant qu'il ait tenté d'assassiner son père durant son sommeil...

Du grand n'importe quoi.

Parce que Xavier n'est pas fou. Au contraire, il est supérieurement doué à l'école. Un génie des maths et du français, souvent en avance de plusieurs années sur la matière enseignée.

C'est un petit gars extrêmement brillant, mais qui a de gros problèmes à fonctionner en société. Impulsif, rebelle face à l'autorité, prompt à faire des fugues...

Le genre de comportement qui ne vous attire pas nécessairement beaucoup de sympathie et de compréhension.

Bref, on soupçonne Xavier de souffrir d'un trouble de l'humeur, associé à de l'anxiété et à un probable déficit de l'attention. Mais il n'y a pas encore de diagnostic définitif.

Face à une personnalité aussi complexe et explosive que Xavier, les parents se retrouvent souvent laissés à eux-mêmes.

Et ça va être encore pire.

***

Les services sont déjà rares pour les enfants avec des troubles mentaux à Gatineau. Avec les compressions dans le système de santé, ils le deviendront encore plus.

Dans la même semaine, Caroline Pilon a appris qu'elle perdait la pédopsychiatre et l'éducateur scolaire de son fils. Les deux postes ont disparu dans la foulée des récentes compressions à Pierre-Janet.

«Déjà qu'on recevait les services au compte-gouttes, là on se fait vraiment tout enlever! Les seuls qui comprenaient vraiment notre réalité sont partis.»

Et ça, c'est freakant pour des parents.

Caroline Pilon m'a raconté son désarroi.

Avec un enfant comme Xavier, la réaction instinctive des parents n'est pas toujours la plus appropriée.

Il est de la première importance de bien comprendre la «mécanique interne» de Xavier afin de bien réagir lors d'une crise d'anxiété. «Les médicaments ne règlent pas tout, comme parents, on a aussi besoin d'être coachés», raconte Caroline.

Des représentants syndicaux ont dénoncé les compressions à Pierre-Janet, lundi. Ces coupures qui ne devaient pourtant pas toucher les services aux patients...

«Nous, on se retrouve plus seuls que jamais», tranche Caroline.

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