Des bracelets si nécessaires?

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

J'ose ici poser la question: a-t-on vraiment besoin d'enfiler des bracelets électroniques à tous les nouveau-nés de l'hôpital de Gatineau pour assurer leur sécurité?

Au risque de me placer à contre-courant du sentiment général, je pense que non. Il me semble qu'on a cédé ici, sans réelle nécessité, à l'obsession sécuritaire.

Je n'en ai pas tant contre les bracelets eux-mêmes que contre ce réflexe sécuritaire qui nous fait perdre toute objectivité et tout sens de la mesure dès lors qu'il survient une tragédie quelque part.

Surtout si des enfants sont impliqués.

Dans ce cas-ci, c'est le rapt spectaculaire et médiatisé de la petite Victoria à l'hôpital de Trois-Rivières, il y a un peu moins d'un an, qui a mené à l'arrivée des bracelets de sécurité à la maternité de l'Hôpital de Gatineau.

C'est un système tout simple. Une puce électronique qu'on enfile autour de la cheville du poupon. Si jamais le bébé sort de la zone sécurisée, une alarme s'enclenche au poste de garde et les accès de l'hôpital sont immédiatement bloqués.

Le système est efficace. Tellement que des papas qui s'étaient étourdiment aventurés avec leur bébé hors de la maternité ont vite été rattrapés par le personnel en alerte.

Hier, les médias ont pu interviewer les parents de Simone, un bébé de quelques heures à peine, qui portait la puce électronique à la cheville.

«Ça ajoute à notre confiance, a dit la mère. Après tout, la pire chose qui puisse arriver, c'est de se faire enlever son enfant.»

Alors hier, tout le monde il était content, tout le monde il était heureux des bracelets électroniques.

Et moi, j'avais envie de hurler. Comme chaque fois qu'on cède, sans combattre, au primitif réflexe de se protéger.

---

Car enfin, de quoi veut-on se protéger ici?

D'un événement exceptionnel, hors-norme, rarissime: le rapt d'un enfant dans la maternité d'un hôpital.

Un kidnapping survenu, rappelons-le, dans des circonstances dignes d'un scénario d'Hollywood: une ravisseuse inconnue s'introduit déguisée en infirmière dans un hôpital pour dérober un enfant...

Oui, c'est freakant. Mais c'était un cas isolé. Une exception. On parle d'un épisode qui a duré un peu plus de trois heures. Trois heures interminables sans doute, mais tout s'est bien terminé. L'enfant a été retrouvé. L'alerte Amber, répercutée par les réseaux sociaux, a fonctionné à merveille.

On aurait très bien pu dire: affaire classée.

Mais j'imagine que ça prenait un sacré culot pour tourner la page sans autre forme de cérémonie. Pour un gestionnaire d'hôpital, c'était peut-être courir un trop grand risque. Celui de se faire accuser d'avoir pris les choses à la légère advenant le cas, hautement improbable, où un autre kidnapping se produise.

Dans les circonstances, l'Hôpital de Gatineau a donc opté pour un moindre mal. La technologie retenue n'est pas trop contraignante et ne coûte presque rien au système de santé grâce à un donateur privé.

Mais je l'ai déjà écrit dans une chronique, on perd quelque chose chaque fois qu'on ajoute des barrières de sécurité quelque part. Dans ce cas-ci, on risque de perdre un peu de l'innocence, de l'ambiance bon enfant qui entoure la naissance d'un enfant.

Contrairement à des hôpitaux ontariens, l'Hôpital de Gatineau n'offre pas le choix aux parents. Les bracelets électroniques sont systématiquement enfilés aux nouveau-nés dès leur entrée à la maternité.

Jusqu'à maintenant, aucun parent ne s'en est plaint. Mais moi, je leur offrirais quand même le choix. À eux de décider s'ils jugent nécessaire d'ajouter un troisième bracelet aux deux qui existent déjà pour assurer la sécurité des nouveau-nés à l'Hôpital de Gatineau...

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer