L'obsession de la sécurité

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On croirait contempler l'État policier dans toute sa splendeur: un policier qui vous arrête en pleine rue pour vous demander vos pièces d'identité, voire pour vous interroger. Tout cela sans que vous soyez arrêté, accusé ou même soupçonné de quoi que ce soit.

Oui, ça fait peur ces histoires de fichage.

Surtout que ce genre d'intervention existe non pas dans un pays lointain, mais dans notre pays. Dans ce beau Canada que le chanteur Bono aimerait multiplier de par le monde.

Si vous n'avez jamais entendu parler de fichage, c'est sans doute que vous êtes de race blanche. À Toronto, le travail des médias a permis de découvrir que le fichage systématique visait surtout la communauté de race noire. Et bonjour le profilage racial!

Le fichage est devenu un tel problème dans la Ville-Reine que le maire John Tory a dû mettre un holà à cette pratique controversée en janvier dernier. Le maire est ainsi allé à l'encontre de son chef de police, Mark Saunders, qui défend la pratique du fichage pour des raisons de «sécurité publique».

Au nom de la lutte aux gangs de rue, la police de Toronto croit nécessaire d'intercepter des citoyens pour des contrôles de routine qui ne sont pas aussi aléatoires qu'on voudrait le faire croire.

Desmond Cole, un jeune noir, a raconté qu'il s'est fait suivre ou arrêter sans raison une cinquantaine de fois par les policiers à Toronto. Au point d'en développer une véritable paranoïa. «Je suis fiché dans leur système. Pourtant, je ne suis pas un criminel», a-t-il témoigné à Radio-Canada.

L'affaire a pris une telle ampleur qu'une trentaine de chefs de file torontois ont crié au profilage racial. La Commission ontarienne des droits de la personne s'en est mêlée pour réclamer un encadrement plus serré.

Devant le tollé, le ministre de la Sécurité communautaire, Yasir Naqvi, a annoncé hier la création d'un groupe de travail. Mais attention: il n'est pas question d'éliminer le fichage en Ontario - seulement de mieux l'encadrer.

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Oui, il y a du fichage qui se fait à Ottawa aussi.

La pratique n'a pas fait couler autant d'encre qu'à Toronto. Peut-être parce qu'ici, le maire d'Ottawa et le chef de police ne sont pas à couteaux tirés sur la question.

Il reste qu'à Ottawa, on en sait très peu sur les 6000 contrôles de routine faits chaque année. Est-ce qu'une communauté ethnique est davantage visée qu'une autre? La Police d'Ottawa, le croirez-vous, ne tient pas de statistiques là-dessus. Ne pas savoir est parfois bien pratique pour s'éviter de répondre à des questions embarrassantes.

La capitale fédérale n'est pourtant pas à l'abri de l'obsession sécuritaire et du profilage racial.

Ici aussi, le phénomène des gangs de rue a pris de l'ampleur avec un record de 49 fusillades l'an dernier et une vingtaine de bandes qui se disputent le territoire. L'attentat de Michael Zehaf-Bibeau sur la colline, en octobre dernier, est venu alimenter l'atmosphère de paranoïa. Tout en justifiant l'injection de quelques millions de plus dans des mesures de sécurité.

À noter que la police de Toronto n'a jamais démontré, statistiques à l'appui, que le fichage systématique l'aidait à résoudre plus d'enquêtes. Aux yeux de l'ancien juge en chef de l'Ontario, Roy McMurtry, le fichage est même inconstitutionnel et devrait être interdit.

Si l'Ontario en vient malgré tout à permettre le fichage, il faut s'assurer qu'il se fasse sans miner la confiance du public dans les autorités. Les récents événements de Ferguson, aux États-Unis, ont rappelé qu'une perte de confiance dans les forces de l'ordre se traduit rapidement par de la violence et du désordre social.

Pour respecter le précaire équilibre entre sécurité publique et droits individuels, il faudra cesser de traiter tout un chacun comme un criminel. Le fichage ne devrait se justifier que dans des circonstances exceptionnelles et pas seulement sur la foi d'une vague menace à la sécurité comme c'est trop souvent le cas.

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