Le monde impitoyable des réseaux sociaux

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On aurait pu s'attendre à ce que les réseaux sociaux comme Facebook permettent aux jeunes filles de s'émanciper, de se libérer du vieux stéréotype de la femme fatale et séductrice...

Ben non.

Au contraire, la tyrannie de l'image sévit sans pitié dans l'univers virtuel, d'après les travaux menés par deux chercheuses de l'Université d'Ottawa auprès de jeunes femmes de 15 à 22 ans.

À lire les témoignages tirés du eGirls Project, les médias sociaux interactifs se comparent à une jungle où s'opère une impitoyable sélection naturelle.

Dans ce cyberespace codifié, toute tentative de sortir du moule risque d'être cruellement réprimée, condamnée par une avalanche de commentaires négatifs et dégradants.

Ainsi, les jeunes filles qui publient des photos trop sexy d'elles-mêmes sur Facebook s'exposent à se faire traiter de pute ou de salope.

À l'inverse, la fille trop grasse ou celle qui ne se maquille pas risque la même avalanche de commentaires dégradants et méchants.

Dans ce cyberespace codifié à l'extrême et hostile à tout ce qui sort du lot, les jeunes femmes n'ont guère le choix.

Elles doivent, souvent, accepter de se conformer à un modèle soigneusement élaboré pour s'éviter des commentaires dégradants et désapprobateurs.

«Une bonne photo sur Facebook, c'est quand la fille est jolie et juste assez sexy, je dirais», résume Kathleen, une femme de 20 ans interrogée dans le cadre du eGirls Project.

•••

Jolie et juste assez sexy.

J'ai pensé à ma petite fille qui regarde en boucle ses vidéos de Walt Disney, et j'ai réalisé qu'on en est encore là aujourd'hui.

Dans la vie comme sur Facebook, combien de jeunes femmes se sentent obligées de ressembler à Cendrillon pour s'éviter des commentaires désobligeants?

Les chercheuses Valerie Steeves et Jane Bailey ont été frappées de constater à quel point les médias sociaux sont perçus comme une source de jugement et de pression sociale par les jeunes filles - spécialement à propos de leur apparence physique.

Si elles ne sont pas trop grosses ou trop maquillées, alors elles sont trop dénudées... ou pas assez dénudées. Avoir trop d'amis, c'est risquer d'être cataloguée comme «désespérée». Mais celles qui n'ont pas assez d'amis sont des perdantes, des rejets...

D'après les chercheurs, la pression ne vient pas que des pairs, mais aussi des publicités sur les réseaux sociaux. Des pubs qui perpétuent le stéréotype de la femme belle et longiligne, qui rivalise avec ses congénères pour séduire un homme.

Des jeunes filles ont confié aux chercheuses que lorsqu'elles prennent le risque de publier sur Facebook une photo un peu plus osée d'elle-même - en petite tenue par exemple - elles surveillent de près la réaction du cyberespace à leur publication.

«Si la photo reçoit, genre, 10 j'aime dans les dix premières minutes, alors la fille est confiante. Mais si ce n'est pas le cas, elle va s'empresser de retirer la photo et se sentir humiliée...», a expliqué une participante du eGirls Project.

•••

Ça doit être épuisant à la fin.

Je veux dire, tous ces efforts pour se couler dans un moule qui n'a aucun rapport avec la réalité.

En lisant le rapport, j'ai repensé à toutes les fois où une femme m'a demandé si je trouvais qu'elle avait engraissé.

À toutes les fois où j'ai sincèrement répondu «non», tout en ayant le sentiment que ma réponse ne la convainquait pas.

À la fois où je me suis tanné et où j'ai répondu: «Oui, mais je les aime tes grosses fesses.»

D'accord, j'ai eu droit à une claque sur la gueule.

Mais cette fois-là, elle m'a cru.

Y compris le bout où je disais que je l'aimais.

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