La juste mesure

Il est évident que l'attaque de Zehaf-Bibeau est... (Adrian Wyld, Archives La Presse Canadienne)

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Il est évident que l'attaque de Zehaf-Bibeau est devenue la justification pour renforcer la sécurité au parlement.

Adrian Wyld, Archives La Presse Canadienne

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D'après le commissaire-adjoint de la GRC, Gilles Michaud, il s'en est fallu de très peu pour que ses agents réussissent à arrêter Michael Zehaf-Bibeau avant qu'il ne pénètre armé dans l'enceinte du Parlement, le 22 octobre dernier.

Il s'en est fallu d'un simple message radio en fait. Ah, s'il avait été plus audible, quelle différence ç'aurait faite...

M. Michaud a expliqué que ses agents disposaient d'environ 30 secondes pour réagir à partir du moment où le tireur a été repéré sur la colline par une agente stationnée non loin de l'endroit où Zehaf-Bibeau «réquisitionnait» une limousine ministérielle.

L'agente en question tentait de repousser une femme en panique qui voulait se réfugier à l'arrière de son véhicule. Quand elle a aperçu Zehaf-Bibeau, l'agente s'est lancée sans attendre à sa poursuite.

Dans sa précipitation, elle a lancé un message d'alerte sur les ondes de la radio.

Mais allez savoir ce qui s'est produit, le micro était peut-être trop loin de sa bouche, elle n'a peut-être pas pesé assez fort sur le bouton...

Toujours est-il que le message d'alerte était inaudible.

Si bien qu'au volant d'une autre voiture arrivant en sens inverse, un de ses collègues de la GRC n'a rien fait pour stopper le véhicule du tireur.

Zehaf-Bibeau a donc pu pénétrer dans l'édifice du Centre où il est tombé, moins de deux minutes plus tard, le corps criblé de 31 balles...

«Si la communication avait été claire pour l'agent dans l'autre voiture, je pense que sa réaction aurait été différente», a supputé M. Michaud en réaction à la divulgation, mercredi, de quatre rapports sur les événements du 22 octobre.

***

Le moins qu'on puisse dire, c'est que la réaction de la GRC contraste avec le rapport accablant de la police provinciale de l'Ontario (PPO) sur le dispositif de sécurité en place au moment de l'attaque.

Alors que le patron de la GRC refuse de blâmer qui que ce soit et se dit convaincu que ses agents auraient pu arrêter Zehaf-Bibeau, la PPO a émis 66 recommandations pour renforcer la sécurité sur la colline parlementaire.

«Le Canada est mal préparé pour empêcher ce genre d'attaque et pour y faire face. Heureusement que l'assaillant a procédé de manière improvisée. (Sinon), la situation aurait pu être bien pire, et le nombre de victimes beaucoup plus élevé», conclut le document. Le rapport va plus loin en prédisant des «résultats catastrophiques» advenant une attaque organisée à la Charlie Hebdo au Parlement.

Alors quoi?

Alors il est évident que l'attaque de Zehaf-Bibeau est devenue la justification pour renforcer la sécurité au parlement. Des mesures correctives ont déjà été mises en place.

Bien sûr, il faut empêcher qu'un tireur puisse s'approcher à quelques pas du premier ministre et des députés présents en grand nombre lors de la journée fatidique.

En même temps, il faut se rappeler que Michael Zehaf-Bibeau a été neutralisé très rapidement, signe que la sécurité ne fonctionne pas si mal.

Il s'est écoulé moins de 10 minutes entre le lâche assassinat du caporal Nathan Cirillo au cénotaphe et le moment où il a été abattu.

Zehaf-Bibeau a passé moins de deux minutes dans l'enceinte du Parlement. Il a été atteint par un projectile moins de sept secondes après y avoir pénétré.

D'après les experts, il était probablement gravement blessé quand le sergent d'armes Kevin Vickers et un agent de la GRC ont déchargé leurs armes sur lui à bout portant.

Qu'on profite de cette tragédie pour examiner les lacunes dans la sécurité du Parlement, cela va de soit. Mais de grâce, ne sombrons pas dans la paranoïa.

Une démocratie y perd quand la distance se creuse entre citoyens et élus, entre le bon peuple et ses institutions.

«Je ne suis pas sûr que les Canadiens veulent se faire vérifier à chaque fois qu'ils circulent sur la colline», note M. Michaud.

Les gens qui se rendaient par centaines à leur séance de yoga hebdomadaire sur la pelouse du Parlement, hier midi, seraient sûrement d'accord avec lui.

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