Gérer l'or bleu

La rivière des Outaouais.... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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La rivière des Outaouais.

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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On a soif, on fait couler l'eau du robinet, et puis voilà mon vieux. On remplit son verre et on se l'enfile d'un trait sans autre arrière-pensée.

En notre for intérieur, on se dit que dans une société hypernormée comme la nôtre, la rivière des Outaouais doit être sous bonne garde.

On présume qu'un responsable, dans un bureau quelque part, doit veiller à ce qu'une source d'eau potable aussi essentielle ne se tarisse pas.

Erreur.

Plus de deux millions de personnes dépendent de la rivière des Outaouais pour ce qui est de leur approvisionnement en eau potable.

Et pourtant, on ignore si cette rivière essentielle à notre survie est en bonne santé.

Incroyable, non?

Alors qu'il existe des organisations pour gérer d'importantes sources d'eau potable comme le fleuve Saint-Laurent, le lac Champlain et les Grands Lacs, il n'y a rien de tel pour la rivière des Outaouais.

Le seul organisme en place, la Commission de planification et de régularisation de la rivière des Outaouais, joue un rôle limité. Elle maintient la rivière à un niveau acceptable pour prévenir les inondations et assurer le fonctionnement des barrages.

Pour le reste, pour la qualité de l'eau, pour la recherche, pour la biodiversité, il n'existe pas d'organisme permettant la mise en commun de l'information.

C'est une aberration.

Sans un portrait juste et global de la pollution bactériologique et toxique de la rivière des Outaouais, comment pourra-t-on jamais prétendre à une gestion intégrée du cours d'eau comme ce devrait être le cas pour une ressource aussi vitale ?

***

Quand on a formé le Plan d'action Saint-Laurent pour dépolluer le fleuve dans les années 1980, on savait au moins qu'on se dirigeait tout droit vers un « désastre extrême » si rien n'était fait, rappelle Dominique Monchamp de la Fondation de Gaspé Beaubien.

Mais dans le cas de l'Outaouais, on n'est même pas capable de dire s'il y a urgence d'agir. «On ne connaît pas l'état de santé de la rivière. Entre autres parce qu'on n'a pas accès aux tests sur la qualité de l'eau menés par le gouvernement du Québec», poursuit Mme Monchamp.

Cette absence de portrait clair est d'autant plus inquiétante lorsqu'on recense toutes les sources de pollution potentielle le long des 1300 km de la rivière des Outaouais. Il y a ces développements miniers au Témiscamingue, l'industrie porcine en Abitibi, les usines de pâtes et papier ici et là, sans oublier les deux laboratoires nucléaires de Chalk River et de Pembroke. À toutes ces sources de pollution, il faut ajouter les déversements d'égouts en provenance des municipalités.

C'est sans parler des nouvelles sources de pollution, comme ces fameuses microbilles de plastique en provenance des produits cosmétiques. Des chercheurs viennent d'établir que leur présence menace le Saint-Laurent et les Grands Lacs. On peut présumer sans trop se tromper que le péril du plastique guette aussi la rivière des Outaouais.

***

Les partenaires réunis hier au sommet de la rivière des Outaouais, à Gatineau, s'entendent sur une chose. La préservation de la rivière des Outaouais passe par une meilleure gouvernance.

C'est que la rivière souffre du syndrome frontalier. Le cours d'eau tombe sous la coupe de tout un fouillis de règlements et de lois du fait qu'il est à cheval sur deux provinces. La rivière traverse aussi 200 municipalités et des territoires autochtones.

Des maires du Québec et de l'Ontario plaident pour la création de nouveaux «forums» afin de partager l'information et les résultats des recherches sur la santé de la rivière des Outaouais.

La bonne nouvelle, c'est que les gouvernements de l'Ontario et du Québec ont répondu à l'appel en annonçant hier la formation d'un comité mixte sur la gestion de l'eau.

C'est un premier pas.

Reste maintenant à voir si l'argent suivra pour aider les villes à réduire les déversements d'eaux usées. L'Ontario a déjà confirmé le versement de plusieurs millions à la Ville d'Ottawa. Mais à Gatineau, l'aide de Québec se fait toujours attendre.

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