Il faut trouver le soldat Fox

Une gourmette en argent munie d'une plaque sur... (Courtoisie, Emmanuel Ghesquière)

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Une gourmette en argent munie d'une plaque sur laquelle a été gravée la mention «From Rose», évoquant probablement un cadeau fait par une épouse d'un soldat.

Courtoisie, Emmanuel Ghesquière

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L'archéologue gatinois Denis Renaud collabore actuellement à des fouilles en Normandie sur un site occupé par les troupes canadiennes en France en 1944. Sa mission: retrouver le soldat Harry Edward Fox.

Les fouilles se déroulent près de Caen, qui a été l'enjeu de combats meurtriers entre les troupes canadiennes et nazies après le débarquement en Normandie.

Fait intéressant, la fouille ciblait au départ une période ancienne, le néolithique. Sauf que les archéologues français ont révisé leurs plans après la découverte de vestiges datant de la Seconde Guerre mondiale.

Ils ont trouvé toutes sortes de choses sur le site. Des mitraillettes Sten rongées par la rouille, une position antiaérienne allemande, des latrines artisanales faites à partir de caisses de munitions...

Toutes ces fascinantes découvertes permettront de reconstituer la vie quotidienne des soldats canadiens regroupés là lors des durs combats pour la conquête de Caen.

Mais de tous les artefacts découverts sur le site, deux ont le potentiel de raconter l'histoire vécue par les soldats canadiens eux-mêmes.

Il s'agit d'une gourmette, un petit bracelet en métal marqué d'un numéro de matricule: le HFB44812. Et d'un dentier sali par la terre brune du Calvados, lui aussi marqué d'un numéro de matricule, le D498102.

Ces deux matricules associés à des soldats canadiens, Denis Renaud peut les réciter par coeur à force de les rentrer dans les moteurs de recherche.

Lors d'un voyage sur les plages de Normandie l'an dernier, il s'est adonné à rencontrer les responsables de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) qui menaient des fouilles dans la région de Caen, plus précisément à Fleury-sur-Orne.

Les archéologues français ont sollicité son aide afin de relier les matricules à des soldats canadiens.

M. Renaud a sauté sur l'occasion.

«Moi, c'est le côté humain de l'archéologie qui me fascine, raconte ce professeur d'archéologie des champs de bataille à l'Université d'Ottawa. Nous avons ici l'occasion de raconter l'histoire de quelqu'un qui a fait le conflit à partir d'un objet échappé par terre, il y a 70 ans...»

***

Denis Renaud s'est donc mis à éplucher les archives militaires canadiennes, les listes d'enrôlement et les journaux de guerre des régiments à la recherche d'indices.

Il a pu rapidement établir que les deux militaires ont survécu au conflit mondial. Mais pour ce qui est de les identifier, ce fut une tout autre histoire en raison des lois sur la protection de la vie privée.

«Oui, il est possible d'identifier un soldat avec son matricule. L'ennui, c'est que l'information est classifiée à Bibliothèques et Archives Canada. À moins d'être un membre de la famille, il y a des limites à ce qu'ils peuvent nous donner...»

L'idée d'inscrire son matricule sur un dentier peut paraître saugrenue. D'autant plus que chaque soldat canadien portait déjà deux gourmettes autour du cou pour qu'on puisse l'identifier en cas de décès.

Mais beaucoup de soldats inscrivaient le matricule ailleurs sur leur uniforme pour plus de sûreté. Dans le cas du dentier, le truc a presque fonctionné.

Le dentier s'est rendu jusqu'à nous, mais l'identité de son propriétaire demeure un mystère. Par contre, Denis Renaud a réussi à associer le matricule de la gourmette à un nom: Harry Edward Fox, canonnier au sein du Sixième Régiment d'artillerie canadien.

D'après les registres, il s'est enrôlé dans la région de Toronto.

«Pour le reste, c'est le néant. J'ignore s'il est encore vivant, s'il a de la famille. J'ai vérifié dans les documents de la brigade et dans les journaux de guerre, et je n'ai pas trouvé son nom. Il me reste à fouiller du côté des associations d'anciens combattants, à interroger des vétérans, à tenter des recoupements...»

M. Renaud, qui enseigne l'importance du devoir de mémoire à ses étudiants, ne désespère pas de voir ses recherches aboutir un jour. Il est convaincu que cette gourmette a une histoire à raconter.

Il lui faut retrouver le soldat Fox...

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