La grande réconciliation

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Voilà que des bonzes du vélo proposent à Québec de rehausser les amendes à l'endroit des cyclistes qui bafouent le Code de la sécurité routière.

J'imagine que le gouvernement Couillard, qui est désespérément à la recherche de revenus, s'empressera d'inclure cette recommandation du groupe de discussion dans sa refonte du code.

C'est vrai que le montant actuel des amendes est ridiculement trop bas pour avoir un réel effet dissuasif. Actuellement, les cyclistes paient entre 15 et 30 $ pour leurs infractions au Code - le double pour ceux qui portent des écouteurs en roulant.

N'empêche. Davantage que des contraventions salées, je pense que c'est surtout d'une grande réconciliation dont le Québec a besoin pour améliorer la sécurité des cyclistes.

Une grande réconciliation entre des automobilistes qui agissent en rois et maîtres sur nos routes et des cyclistes qui se croient tout permis. Deux cultures aux antipodes qui se plaisent à se blâmer l'une, l'autre...

Il y a quelque chose de schizophrénique là-dedans. Parce que très souvent - c'est mon cas -, les gens se déplacent à la fois en automobile en vélo. Une double personnalité à la Dr Jekyll et M. Hyde qui donne de curieux comportements.

C'est ainsi qu'une même personne s'arrêtera au feu rouge si elle est au volant de sa voiture, mais brûlera le même rouge sans l'ombre d'un scrupule si elle est au guidon de son vélo...

Cela n'a rien de si étonnant à bien y penser.

Si on a tendance à respecter les règles au volant de la voiture, c'est qu'on admet que l'intérêt collectif doit primer l'intérêt individuel afin d'éviter que les routes se transforment en derby de démolition.

En vélo, cette solidarité collective disparaît pour laisser place à une culture de l'impunité et du chacun pour soi. Parce qu'une ride de vélo relève trop souvent du parcours du combattant.

Zigzaguer entre les nids-de-poule et se faufiler parmi les voitures à une intersection achalandée tient du rodéo urbain. Dans les circonstances, pas étonnant que les cyclistes aient développé une mentalité de cow-boys à pédales.

En plus, cette culture de la délinquance sur deux roues s'alimente d'elle-même. Si d'aventure vous décidez d'immobiliser votre vélo à un feu rouge, il se trouve toujours un ou deux cyclistes pour le brûler devant vous en vous plantant là comme un idiot. La tentation est forte de suivre les autres...

À la longue, cette culture du « si l'autre le fait, fais-le donc » finit par saboter toute tentative de cohabitation entre automobilistes et vélos.

•••

Maintenant, comment s'en sort-on ?

En admettant l'évidence : la route est censée appartenir à tout le monde. Mais dans les faits, c'est la chasse gardée des automobiles, et c'est une jungle pour les cyclistes.

Tant que cette relation inéquitable entre les deux types d'usage perdurera, toute cohabitation harmonieuse sera difficile.

Pour rétablir l'équilibre, le groupe de discussion propose à Québec d'inclure un « principe de prudence » au Code de la sécurité routière. Il consacrerait l'inégalité des usagers de la route, tout en prônant le respect de chaque mode de transport. Ce serait un début.

Il y a aussi cette proposition d'une distance à respecter - un mètre en milieu urbain, un mètre et demi en milieu rural - lors du dépassement d'un cycliste. C'est intéressant, même si la preuve pourrait être difficile à faire en cour.

Mais pour qu'il y ait réelle cohabitation, il faudra en arriver à ce que les deux modes de transport soient traités sur un pied d'égalité.

Dans certaines villes, d'Europe, les cyclistes ont non seulement leurs propres voies réservées, mais également des feux de circulation et une signalisation qui leur est dédiée. Il faudra en venir là.

Une autre manière de rétablir l'équilibre des forces, qui ne semble pas avoir été abordée par le groupe de discussion, est de responsabiliser légalement les automobilistes.

Au Danemark, un cycliste est présumé innocent lorsqu'il se produit un accident avec une voiture. C'est à l'automobiliste de démontrer qu'il n'est pas responsable. Rien à voir avec le système du no-fault au Québec qui évacue toute notion de responsabilité.

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