En panne d'indignation

Les gens continuent d'habiter comme si de rien... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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Les gens continuent d'habiter comme si de rien n'était sur les rues Philipp-Lenard et Alexis-Carrel, deux prix Nobel de science et, accessoirement, deux collaborateurs enthousiastes du régime nazi d'Adolf Hitler...

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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Il y avait pourtant comme une odeur de scandale dans cette histoire. Deux rues qui portent le nom de scientifiques nazis à Gatineau, ça valait bien une petite remise en question collective, non?

Ben non, apparemment. Depuis que mon collègue Mathieu Bélanger a levé le voile sur l'affaire en août 2013, rien. Pas l'ombre d'un soupir d'indignation au sein de la population, pas l'ombre d'un début de vraie réflexion sur la question.

C'est ce qui me désole le plus dans cette histoire. L'absence de réaction, l'indifférence générale face à un enjeu qui devrait nous interpeller au moins autant que le récent débat sur le stationnement des véhicules récréatifs.

Les gens continuent d'habiter comme si de rien n'était sur les rues Philipp-Lenard et Alexis-Carrel, deux prix Nobel de science et, accessoirement, deux collaborateurs enthousiastes du régime nazi d'Adolf Hitler...

Hé! L'Holocauste, les camps de concentration, ça vous dit quelque chose? C'était hier, pourtant.

En France, où le joug hitlérien a été douloureusement vécu, presque toutes les rues portant le nom Alexis-Carrel ont été rebaptisées. À Gatineau, on a lancé une consultation auprès des résidents des deux rues problématiques pour obtenir leur opinion.

Savez quoi? Ils ne veulent pas changer de nom. Soit qu'ils s'en fichent de demeurer sur une rue qui honore la mémoire d'un antisémite. Soit qu'ils veulent s'éviter le tracas d'un changement d'adresse. Soit l'ensemble de ces réponses.

À Gatineau, on a réduit jusqu'ici un débat sur l'importance de l'histoire et de la mémoire collective à une vulgaire affaire de changement d'adresse.

C'est d'une tristesse.

***

Maintenant qu'il est de notoriété publique que deux rues de Gatineau portent les noms de scientifiques ayant adhéré à l'idéologie destructrice d'Adolf Hitler, on ne peut plus se permettre de laisser les panneaux de rue en leur état comme si de rien n'était. Ce serait une insulte aux victimes du nazisme.

En même temps, et je vais avoir l'air de me contredire, je maintiendrais les noms des rues Philipp-Lenard et Alexis-Carrel. Dans mon esprit, Gatineau doit résister à la tentation de l'épuration toponymique. Au lieu de chercher à effacer à tout prix la mémoire des coupables au nom de certaines valeurs morales, il y a moyen d'adopter une démarche plus pédagogique.

Dans un excellent article publié dans l'Encyclopédie de l'Agora, Stéphane Stapinsky évoque une toute autre approche.

Il relate l'exemple d'une ville autrichienne où, plutôt que de débaptiser toutes les rues nommées en l'honneur d'anciens nazis, on a opté pour l'installation «de plaques et divers dispositifs pour informer les passants de leur vie et des conduites discutables ou répréhensibles qu'ils ont pu adopter».

C'est une voie audacieuse, certes, mais qui permettrait à Gatineau d'honorer admirablement son devoir de mémoire.

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