Les vilains petits canards

Des employés de Bibliothèques et Archives Canada ont... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Des employés de Bibliothèques et Archives Canada ont tenté en vain de secourir les canetons.

Etienne Ranger, LeDroit

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Vous lisez les nouvelles, vous apprenez qu'il s'est produit un deuxième tremblement de terre au Népal, qu'un attentat meurtrier a secoué le Moyen-Orient, qu'un autre bateau plein de réfugiés a sombré dans la Méditerranée.

Juste au moment où vous vous dites que le monde n'est que mort et souffrance, que vous vous apprêtez à désespérer de l'humanité... paf !

Il arrive une chose si extraordinaire que vous reprenez espoir en la vie.

À Gatineau, des gens sont prêts à remuer ciel et terre pour sauver six malheureux petits canetons, abandonnés par une nuit sans lune, au bord d'un étang.

Ça se passe chez vous, mesdames, messieurs.

Les six petits volatiles sont donc apparus au début du mois de mai près de l'étang qui borde le bâtiment des archives nationales à Gatineau.

C'était peu après Pâques, et ce n'est sûrement pas une coïncidence. Les attachantes petites boules de poil jaune ont vraisemblablement été abandonnées par un cabochon qui se pensait bien fin d'offrir de vrais canetons à ses enfants pour Pâques.

L'abruti a vite réalisé que de la volaille, aussi jolie soit-elle, ça fait des plumes sur le tapis. 

Et pas que des plumes d'ailleurs. Quant aux enfants, ils se sont vite lassés de leurs amis canetons pour se remettre à leurs jeux électroniques.

•••

Bref, les promeneurs et les employés fédéraux qui fréquentent le parc et son étang ont vite adopté les vilains petits canards. D'autant plus qu'au début, les oiseaux se laissaient approcher et caresser sans problème.

Mais voilà, la vie n'est pas un conte de Disney. Oh que non ! Contrairement aux humains qui ont la chance de vivre dans une sociale démocratie (endettée jusqu'au cou, il est vrai !), les petits canetons doivent affronter, sans le moindre filet social, l'impitoyable cruauté du monde animal.

Car vous pensez bien que les grosses bernaches et autres canards sauvages qui fréquentent aussi l'étang n'ont pas voleté de joie. Pour eux, les nouveaux arrivants représentent de la concurrence dans la chasse aux petits morceaux de pain que les promeneurs leur lancent quotidiennement. « Voleurs de job », ont cancané les bernaches.

Quand je suis allé visiter l'étang, les canetons pataugeaient en formation serrée au milieu de l'étang pour mieux se protéger contre l'agitation des autres volatiles. Julie Holmes, qui avait stationné le carrosse de bébé en bordure de l'étang, lançait des morceaux de pain. Elle visait, avec plus ou moins de succès, le convoi de petits canards qui croisait prudemment au large.

« C'est dommage, parce qu'ils vont mourir », a-t-elle soupiré.

Oui, c'est la triste réalité.

Sans leur mère pour les protéger, les canetons sont voués à une mort quasi certaine. Si ce n'est la faim ou les prédateurs qui en viennent à bout, ce sera l'hiver. « Ce sont des canards d'élevage, m'a expliqué Julie. Ils ne volent pas. Contrairement aux autres oiseaux qui vont migrer vers le sud avec l'arrivée des grands froids, ceux-là ne pourront échapper à l'hiver. »

•••

Des employés de Bibliothèques et Archives Canada (BAC) ont tenté en vain de secourir les canetons. Mais personne ne veut en hériter.

« C'est que le terrain n'appartient pas à BAC, la Ville de Gatineau dit ne pas être concernée, Environnement Québec nous réfère au MAPAQ, le MAPAQ nous réfère à la SPCA, la SPCA nous réfère à des organismes dont la mission est de secourir des animaux », m'a raconté une employée fédérale par courriel.

Et la police ? 

La police s'occupe déjà des rôdeurs, des bandits et des batteurs de femmes. Alors, les canards...

N'empêche, il y a quelque chose de fabuleux dans ces histoires de sauvetage d'animaux. 

Cette fois-ci, ce sont des canards. Mais ce fut aussi des chiens, des chats, des chevreuils pris sur la glace et même une mouette blessée l'an dernier.

Chaque fois, c'est comme si l'animal cessait d'être un animal. Les canetons cessent d'être des bêtes, ce sont des orphelins lâchement abandonnés et voués à la mort. Et contrairement à ces autres orphelins du Népal, ceux-là sont dans notre cour, prêts à être aidés. 

Comme si ces bêtes nous donnaient l'occasion, finalement, de faire preuve... d'humanité.

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