Le « pussy thing »

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En allant confronter un groupe de jeunes partisans de l'équipe de soccer du FC Toronto qui s'apprêtaient à hurler des propos dégradants dans son micro, la journaliste Shauna Hunt a d'abord fait plaisir à toute la confrérie médiatique au pays.

Il était temps que quelqu'un confronte les insolents qui kidnappent impunément le micro des journalistes pour y proférer des propos dégradants et à la limite du harcèlement sexuel à l'endroit des femmes.

L'affaire est sortie au grand jour à Toronto. Mais ç'aurait aussi bien pu être à Ottawa ou à Montréal tant le phénomène que nos collègues anglais ont baptisé le « FHRITP » a pris de l'ampleur.

Entre eux, mes collègues de la télé appellent ça le « pussy thing ».

Voici comment ça se passe en général.

Un journaliste - souvent une femme, mais pas toujours - fait un topo en direct à la télé dans un endroit public et très fréquenté. Un ou des plaisantins passent par là, généralement de jeunes hommes. Au lieu de faire une grimace à la caméra, ils hurlent une grossièreté dans le micro, toujours la même : « F**k her right in the p***y ».

C'est le « pussy thing ». Ou, comme disent les anglos, le FHRITP.

Ça vient, semble-t-il, des États-Unis. Un plaisantin spécialisé dans la production de faux reportage en direct a inclus le « pussy thing » dans une vidéo. Elle est devenue virale. Le phénomène a infecté le Canada et l'Europe.

Mon collègue Louis Blouin de la télé de Radio-Canada à Ottawa en a été victime à plusieurs reprises et dans des circonstances parfois très embarrassantes.

Voilà quelques semaines, il interviewait en direct une jeune adolescente de 15 ans dans le cadre du 100e anniversaire du génocide arménien. De jeunes hommes passant à proximité ont hurlé dans son micro : « F**k her right in the p***y ! »

« Je n'en revenais pas, raconte Louis Blouin. C'est totalement inacceptable. Je pense que les gens ne réalisent pas la portée de leurs propos. C'est très frustrant et très répandu. Ça doit m'arriver au moins une fois par mois ».

Une autre fois, il était en train de faire un topo en direct sur les agressions sexuelles dans l'armée. Un sujet délicat. Alors qu'il est en ondes, un passant crie, lui aussi, le « pussy thing ».

Dans les deux cas, Louis a ravalé sa frustration. Il a continué son topo sans se laisser déconcentrer. Mais ce n'est pas l'envie qui lui manquait de poursuivre l'autre imbécile pour lui demander de s'expliquer devant la caméra.

•••

Shauna Hunt, elle, n'était pas en direct alors qu'elle couvrait le match du FC Toronto, dimanche dernier, pour le compter de la station CityNews. Et elle a fait précisément ce que Louis Blouin avait le goût de faire. Planter son micro et sa caméra sous le nez des insolents. 

« Vous savez, j'en ai assez d'entendre ça. Je l'entends chaque jour, dix fois par jour. C'est irrespectueux et dégradant », leur a-t-elle dit.

Pensez-vous que les jeunes partisans se sont excusés ?

Pantoute.

Dans les instants qui ont suivi, la caméra a capté l'humain dans ce qu'il est de pire, quand l'effet de foule rabaisse le QI collectif près du zéro absolu et que l'alcool élimine toute inhibition.

« Si votre mère vous voyait parler comme ça, que dirait-elle ? » a demandé Hunt à un jeune.

« Ma mère serait morte de rire ! » a répondu le partisan du tac au tac.

•••

Le reportage de Shauna a eu un effet libérateur. Il a permis de mettre au grand jour des choses inacceptables qui passaient jusqu'ici inaperçues du grand public.

L'histoire a vite pris une tournure féministe du fait que la journaliste impliquée est une femme et en raison de la nature même des propos dégradants.

Les services de police de Calgary et de Toronto voient la possibilité de déposer des accusations, selon les circonstances, contre les auteurs de tels propos. La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne, a associé toute l'affaire à du harcèlement sexuel au travail.

Quant au partisan qui disait que sa mère serait morte de rire, il a été congédié par son employeur, Hydro One. Dans son cas, on peut dire que l'effet viral s'est retourné contre lui.

Tout d'un coup, plus personne ne rit. Tant mieux, la farce a assez duré.

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