Un trésor culturel méconnu

Les tableaux sont rangés dans un étroit local... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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Les tableaux sont rangés dans un étroit local dont l'emplacement est tenu secret pour des raisons de sécurité. Sur la photo, la responsable de la collection permanente et de l'art public, Marianne Breton.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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C'est un fait méconnu du public, mais la Ville de Gatineau possède la plus importante collection d'oeuvres d'art du monde municipal au Québec.

Elle a acquis au fil des ans plus de 3500 oeuvres qui valent aujourd'hui la coquette somme de 5 millions $. Certains tableaux de peintres renommés valent dans les six chiffres.

On parle d'oeuvres réalisées par des noms aussi connus que Riopelle, Ferron, Barbeaux, Metson, Fortin, Vaillancourt. La collection est particulièrement fournie en ce qui a trait au travail de Jean Dallaire, un artiste de renommée mondiale originaire de Hull.

Il y a donc toutes sortes d'oeuvres dans cette collection accumulée au fil des ans, dont 92 d'importance nationale. Près de la moitié provient d'artistes locaux. Bref, un véritable trésor acquis en totalité par l'intermédiaire de donateurs.

«On a eu la chance d'avoir à Gatineau de très grands donateurs qui connaissent très bien le marché de l'art», raconte Steve Fournier, chef de division à la diffusion culturelle à la Ville de Gatineau.

***

Savez-vous ce qui est triste?

La majorité des oeuvres dort depuis des années dans un entrepôt municipal faute de place pour les exposer. Par le passé, on a parlé de bâtir un entrepôt plus grand, de même que de nouveaux lieux d'exposition pour en faire profiter le public. Plusieurs endroits ont été évoqués au fil des ans: la Fonderie, la future bibliothèque centrale, l'Espace Jean Dallaire...

Mais aucun de ces projets n'a encore vu le jour.

Ce qui fait que la grande majorité des oeuvres repose dans une réserve dont le lieu est tenu secret pour des raisons de sécurité. J'imaginais un grand entrepôt en désordre, avec des tableaux et des statues empilés les uns par-dessus les autres. C'est tout le contraire. L'endroit est impeccable, mais exigu: à peine 37 m2. Les tableaux sont enveloppés dans du carton et rangés par ordre de grandeur sur des tablettes.

Malgré le manque de moyens, Gatineau s'efforce de diffuser les oeuvres en sa possession. En plus des expositions thématiques à la galerie Montcalm, de 200 à 250 tableaux et sculptures sont exposés en rotation dans les bureaux, à la Maison du citoyen et au Centre sportif.

Mais c'est peu quand on pense que des trésors d'envergure régionale et nationale dorment dans un entrepôt. Qu'est-ce qu'on attend pour mettre toutes ces richesses culturelles en valeur?

C'est qu'avant de penser à les exposer, il a fallu effectuer le ménage dans les oeuvres héritées, en grande majorité, des anciennes villes, explique Steve Fournier.

Gatineau a dû procéder à un inventaire exhaustif.

«Le plus gros problème, c'était de savoir si les oeuvres nous appartenaient et où elles se trouvaient», explique Marianne Breton, responsable de la collection permanente et de l'art public. Dans certains cas, il n'y avait ni contrat ni résolution rattachés aux oeuvres. Parfois, on ignorait jusqu'à l'auteur de l'oeuvre. Un travail de moine, donc, qu'on a mis des années à effectuer.

Entre-temps, Gatineau a imposé un moratoire sur l'acquisition de nouvelles oeuvres.

Il n'a été brisé qu'à de rares occasions depuis 2006, chaque fois pour des motifs exceptionnels. Par exemple lorsque l'occasion s'est présentée d'accueillir une série d'oeuvres prestigieuses de Jean-Paul Riopelle en 2007.

***

À quand donc la fin du moratoire?

Pour bientôt, sans doute, puisqu'une nouvelle politique d'acquisition et de conservation des oeuvres d'art sera présentée au cours des prochains mois au conseil municipal. Quant à la construction d'un nouvel entrepôt plus grand et plus moderne, le projet a été accepté par les élus.

Tant mieux. Il faut que ces oeuvres soient diffusées le plus largement possible.

La moitié de la collection provient d'artistes locaux. Il n'y a pas que des peintures et des sculptures, mais aussi de l'art urbain, des films, des photographies. Tout un témoignage de la vie culturelle et artistique de Gatineau. Cette collection permanente recèle un potentiel incroyable pour stimuler la fierté et le sentiment d'appartenance des Gatinois. Encore faut-il que ceux-ci soient conscients du trésor qui leur appartient.

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