Des questions dans l'ombre

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Impossible de ne pas faire un parallèle entre cette tour du CN, version Brigil, que Gilles Desjardins propose de bâtir au centre-ville de Gatineau et le complexe Le Phare de Régis Labeaume à Québec.

Dans les deux cas, d'influents promoteurs proposent d'ériger des gratte-ciel à l'architecture spectaculaire. Des édifices iconiques capables, à eux seuls, de changer le visage d'une ville et de la projeter dans la modernité.

En vérité, voilà de bien beaux projets sur papier. Parce que sur le terrain, le projet du grand patron de Brigil risque de se buter au même type de critiques qui ont accueilli le projet Le Phare dans la Vieille Capitale.

Tout comme ce fut le cas à Québec, on peut se demander si le centre-ville de Gatineau a acquis la maturité suffisante pour rentabiliser un complexe immobilier de 55 étages avec 200 chambres d'hôtel, des condos et de l'espace commercial.

Personnellement, j'en doute. Le marché de l'immobilier tourne au ralenti. Quoiqu'on sent un certain buzz au centre-ville de Gatineau depuis l'acquisition des terrains de Domtar par le groupe Windmill. Et Gilles Desjardins lui-même démontre assez de confiance en l'avenir de Gatineau et de son centre-ville pour y investir sans recourir à l'argent du public.

Le concept de gratte-ciel retenu par Brigil ne fait pas non plus l'unanimité chez les urbanistes. Notamment parce que ce genre d'édifice engendre de la congestion sur les rues environnantes. Or, à Gatineau, l'emplacement retenu par Brigil est particulièrement exigu.

Compte tenu des restrictions sur les espaces de stationnement au centre-ville, il y a fort à parier que Brigil devrait dépenser une fortune pour bâtir des stationnements souterrains sous son complexe hôtelier.

En a-t-il les moyens?

L'autre chose, c'est qu'on se demande comment une mégatour de 55 étages pourrait s'insérer harmonieusement dans le cadre bâti du centre-ville sans écraser les quartiers environnants.

Pas plus tard qu'en 2009, le conseil municipal a adopté, après de vastes consultations, un plan particulier d'urbanisme pour le centre-ville. Or, sur les terrains de Brigil, la hauteur des édifices a été limitée à six étages précisément pour préserver le tissu urbain environnant et favoriser une vie de quartier à l'échelle humaine.

Quel message lancerait la Ville en balançant par-dessus bord des orientations adoptées voilà quelques années à peine? Au moment où Gatineau cherche à se refaire une crédibilité en matière d'urbanisme, la pilule risque de passer de travers au sein de la population.

Autre question toute simple: est-ce que Brigil a les moyens financiers et l'expertise pour livrer un édifice de 55 étages à l'architecture époustouflante?

Je n'ai rien contre le projet de Brigil.

Au contraire, je lui reconnais beaucoup de potentiel.

J'aime cette idée que le dernier étage serait réservé à un centre d'observation ouvert au public et aux millions de touristes qui visitent chaque année la région de la capitale fédérale.

Depuis le temps qu'on cherche un moyen de retenir à Gatineau les touristes qui visitent le Musée canadien de l'histoire avant de repartir illico vers Ottawa, voilà un concept qui mérite d'être étudié à fond.

Mais pour toutes les raisons que j'ai exposées, je me demande si ce mégaprojet n'arrive pas trop vite dans le processus de revitalisation du centre-ville.

Brigil dévoilera le plan du site et les esquisses de son complexe hôtelier devant un parterre de gens d'affaires, le 19 mai prochain. Je n'attends pas grand-chose de cet exercice de marketing qui vise à créer un buzz autour du projet.

Je m'inquiète plutôt de la consultation prévue par la Ville à la mi-juin. Qu'a-t-on prévu au juste? Pour un projet de cette envergure, il me semble qu'il faudrait organiser quelque chose de sérieux.

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin avait promis en campagne électorale de mettre fin aux consultations bidon à Gatineau. Il proposait plutôt d'instaurer des consultations sur le modèle du BAPE et de l'Office de consultation publique de Montréal.

Des consultations où toute l'information est disponible dès le départ pour les gens du public, y compris les plans et les études du promoteur.

Le maire a une belle occasion ici de passer de la parole aux actes et de démontrer son sérieux.

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