La tête enfouie dans le condom

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Dans mon jeune temps, fiston, on ne parlait pas beaucoup de sexe à la maison. Il m'arrivait de fouiller en cachette dans le tiroir de mon père où je savais dissimulées quelques revues pornos.

Mais crois-le ou non, on avait des cours d'éducation sexuelle à l'école. J'ai encore frais en mémoire l'image de mon prof qui mimait l'acte sexuel en insérant l'index dans un cercle formé de deux doigts de l'autre main.

J'avais à peu près ton âge à l'époque. Quelque chose comme 12 ou 13 ans, un début de moustache sous le nez, et une peur bleue des filles. Mais grâce au cours d'éducation sexuelle, je savais ce qu'était une fellation, un condom et l'herpès génital.

Mon prof nous avait aussi fait comprendre qu'une fille était différente d'un gars. Et qu'il fallait se parler pour se comprendre. On n'était pas encore tout à fait dans la notion de consentement. Mais pas loin.

Bref, tout ça pour te dire que lorsque plus tard j'ai eu ma première blonde et ma première relation sexuelle, je n'étais pas complètement idiot.

J'avais compris que le sexe n'était pas qu'un acte physique, mais aussi affaire de relation entre deux personnes. Et qu'il y avait quelques précautions à prendre si on ne voulait pas avoir de gros ennuis.

C'était peu de choses, tu diras.

Et pourtant, ce cours d'éducation sexuelle qui a disparu de nos écoles au Québec et dont la réforme est contestée en Ontario a changé ma vie. Pour le mieux.

Parce qu'on ne parlait pas beaucoup de sexe à la maison à cette époque-là. Et ce n'est pas un reproche à mes parents. Moi-même, qui me juge assez ouvert d'esprit, j'ai de la difficulté à aborder le sujet.

Comme s'il n'y avait jamais de moment tout à fait propice.

Quand est-ce qu'on parle de ça avec ses enfants? En jouant aux échecs? En mangeant le dessert?

"*

Quand j'entends les parents qui s'opposent à la réforme des cours d'éducation sexuelle en Ontario dire qu'il leur revient de décider du moment opportun de discuter sexe avec leurs enfants, je ne les crois pas une minute.

Le moment opportun? Il n'y en a pas.

Surtout que dans ce mouvement de contestation alimenté par des groupes religieux, on sent surtout un refus global de parler de sexualité, tout ça au nom de certaines valeurs morales et religieuses.

Ils disent que leurs enfants sont trop jeunes pour entendre parler de masturbation, d'homosexualité, de divorce et de sextage. La vérité, c'est que pour cette catégorie de parents, ils ne seront sans doute jamais assez vieux pour en entendre parler...

Or il y a des limites à vouloir s'enfouir la tête dans un condom. Un condom, ça finit par péter un jour ou l'autre. On a intérêt à savoir comment réagir quand la réalité nous rattrape.

La réalité, c'est que 14% des élèves de 11e année possédant un téléphone en Ontario déclarent avoir déjà envoyé un sexto pour séduire ou exprimer leur intérêt envers un partenaire.

Quand on sait la vitesse avec laquelle une photo peut se propager sur le Net, cette statistique a de quoi faire frémir. Le phénomène des sextos est à l'origine de quelques suicides de jeunes filles qui n'avaient pas prévu que leur image se répandrait à toute vitesse sur la Toile.

"*

Dans mon temps, fiston, il fallait jouer de ruse pour se rincer l'oeil dans la section des revues osées. Aujourd'hui, la porno est à portée de clic de n'importe quel ado assez débrouillard pour déjouer un logiciel de blocage parental.

Ceux qui s'opposent à la réforme des cours d'éducation sexuelle en Ontario veulent nous faire croire que le sexe est une affaire privée et que les cours d'éducation sexuelle n'ont pas leur place à l'école.

La vérité, c'est que les enjeux liés à l'éducation sexuelle sont devenus si complexes que c'est devenu à la fois l'affaire de l'école et des parents de développer l'esprit critique de leur progéniture.

Il n'y aura jamais trop d'occasions de discuter de ces choses-là, fiston.

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