Le baromètre de la folie

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On a sorti les «fous» des asiles dans les années 1980 sous prétexte que l'arrivée de nouveaux médicaments contre la schizophrénie et les troubles mentaux leur offrirait une existence plus heureuse et plus normale en dehors des hôpitaux.

L'idée était bonne. Sauf que les économies ainsi réalisées n'ont pas été réinvesties dans la communauté. Toute l'opération a surtout servi de prétexte à l'État pour se désengager de tout un secteur de la santé et de service sociaux. Et voilà qu'on en paie le prix.

Aujourd'hui, les «personnes en détresse psychiatriques» qu'on a laissées à eux-mêmes reviennent régulièrement s'échouer dans nos urgences, dans nos palais de justice et dans nos prisons. Notre société n'a pas gagné au change et les économies d'hier se traduisent aujourd'hui par des coûts sociaux importants.

Ces derniers jours, on a vu un prévenu menacer de couper la gorge d'un juge au palais de justice de Gatineau. Un autre a été condamné à sept mois de prison pour avoir menacé de tuer un juge. Et il y a eu cette dame, armée d'un arsenal de couteaux et de matériel potentiellement explosif, qui a été maîtrisée in extremis à l'hôpital de Gatineau.

Trois bombes à retardement donc qu'on a désamorcées juste à temps. Il n'en est pas toujours ainsi. La bombe explose parfois. Qu'on pense à Michael Zehaf-Bibeau, le tireur fou du parlement, qui avait déjà subi des examens psychiatriques et vivait comme un sans-abri avant de tuer le caporal Nathan Cirillo.

Comme société, on gagne rarement à laisser derrière des gens en détresse pour des raisons d'économie. La réalité nous rattrape, un jour ou l'autre. C'est un constat qui porte à réflexion en cette période d'austérité ou la raison budgétaire domine les autres.

La détresse a un coût, et il n'est pas qu'économique. Il se calcule aussi en qualité de vie.

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Plus que le simple fruit du hasard, les excès de folie des derniers jours me semblent le symptôme d'une société de plus en plus sous pression. La folie agirait comme une espèce de baromètre social.

Or le baromètre est à la hausse surtout dans les couches les plus pauvres de la société, touchées durement par les coupes dans les services gouvernementaux.

Une fois que les cas de santé mentale sont recrachés par les hôpitaux et les prisons qui ne savent pas trop quoi en faire, ils se retrouvent la plupart du temps dans un milieu communautaire pris à la gorge par les restrictions budgétaires.

Et ça donne ce que ça donne: au Gîte Ami de Gatineau, le directeur Luc Villemaire constate que son personnel doit intervenir de plus en plus souvent, et de façon plus musclée, pour contrer la violence chez les usagers du refuge.

À tel point que le Gîte a récemment raclé ses fonds de tiroirs pour offrir une formation à ses employés sur la manière de maîtriser un usager violent.

Alors quand il voit des personnes en «détresse psychologique» s'attaquer à un juge, à un hôpital ou à un autre symbole fort de la société, il ne s'en étonne pas. Il y voit le symptôme d'une société qui laisse à eux-mêmes les plus démunis. «La pauvreté est souvent le berceau de la violence, rappelle-t-il. Quand tu vis dans l'isolement social et que tu cumules frustration sur frustration, tu finis par cibler quelque chose qui représente une convention sociale. Un juge, un hôpital, quelque chose qui symbolise le système contre qui tu te révoltes», dit-il.

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Maintenant, qu'est-ce qu'on fait?

Il n'y a pas de solutions évidentes aux nombreux cas de santé mentale qui engorgent les palais de justice et les hôpitaux et dont on ne sait trop que faire.

Dans le milieu, on revendique davantage de ressources intermédiaires pour les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale.

On parle ici de résidences, de maisons et d'appartements supervisés qui permettent de leur offrir un milieu de vie le plus «normal» possible, mais avec des services de soutien et d'assistance.

En plein le genre de mesures qui devaient accompagner la désinstitutionnalisation des années 1980...

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