Querelle de ruelle

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Joint par LeDroit jeudi, le maire Conrad Lamadeleine a exprimé son mécontentement face au rapport de l'ombudsman.

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Bon, okay, c'est indigne d'un ombudsman de traiter un maire de petit moineau enragé.

Mais bon sang que je comprends André Marin de s'emporter ainsi contre Conrad Lamadeleine. Moi aussi, je finirais par avoir la mèche courte avec lui.

Le maire de Casselman a une fâcheuse tendance à se croire au-dessus des lois et à interpréter les règlements à son avantage.

Dès lors qu'on conteste ses décisions, M. Lamadeleine refuse de se remettre en question. Il préfère nier l'évidence et accuser ses détracteurs de vouloir le faire mal paraître.

À l'entendre parler, Conrad Lamadeleine n'a qu'une chose en tête, le bien-être de ses concitoyens et le développement de son village.

Le hic, c'est qu'il ne se laisse pas arrêter par une aussi petite chose que la démocratie pour parvenir à ses fins - aussi bien intentionnées soient-elles.

Dans ce cas-ci, l'ombudsman de l'Ontario, André Marin, a produit un rapport étoffé démontrant que le village de Casselman avait tenu une réunion à huis clos illégale, le 8 janvier dernier.

En clair, le maire, trois conseillers et deux directeurs du village ont rencontré sept entrepreneurs en construction et des ingénieurs pour discuter du développement immobilier en perte de vitesse à Casselman.

Déjà là, c'est discutable.

Qu'un maire convoque des entrepreneurs triés sur le volet - on ne sait pas qui a été invité et qui ne l'a pas été - à un dîner en privé pour discuter business, il y a de quoi éveiller la «méfiance» du public. Surtout quand ce genre de rencontre se tient peu avant des décisions influentes ou controversées, note avec justesse l'ombudsman.

Bref, pour André Marin, les discussions qui ont eu lieu à ce dîner ont clairement servi de «travail préparatoire» en vue de décisions à prendre au conseil municipal. Et ça, c'est illégal en vertu de la loi ontarienne, conclut l'ombudsman.

Dans son rapport, André Marin ne va guère plus loin que ça. Il ne remet pas en question les «bonnes intentions» invoquées par Conrad Madeleine pour convoquer des entrepreneurs à son dîner à huis clos. Il se contente de dire que cette rencontre, qui réunissait le quorum d'une assemblée du conseil municipal, aurait dû être publique. Point à la ligne.

Comment réagit Conrad Lamadeleine?

Dans une lettre enflammée qu'il a fait paraître dans Le Reflet d'Embrun, il refuse tout blâme. M. Lamadeleine accuse l'ombudsman de se prendre pour Dieu, d'interpréter les faits comme bon lui semble, et de semer la «terreur» à Casselman.

La terreur, M. Lamadeleine? Rien que ça? Vous ne me semblez pas avoir peur de grand-chose, pourtant.

À la place de l'ombudsman de l'Ontario, j'aurais été tenté de remettre à sa place ce maire qui fait si peu de cas des règles démocratiques. Le problème, c'est justement ça: André Marin s'est vidé le coeur sur Twitter.

«Le maire de Casselman est en crisse. Relax chum. La règle de droit s'applique à toi aussi», a-t-il rétorqué dans un premier temps.

Puis il en a rajouté une couche, traitant M. Lamadeleine de «petit moineau enragé». «Le maire de Casselman dit que je me prends pour un Dieu. Croit-il, en revanche, que la démocratie, c'est l'enfer?»

Même si je peux comprendre la frustration de l'ombudsman, je m'attends à davantage de réserve et de sang-froid de sa part. Son rapport était suffisamment éloquent en soi. Il n'avait pas besoin d'en rajouter avec des attaques personnelles qui rabaissent le débat au niveau d'une querelle de ruelle.

Quant à Conrad Madeleine, il doit comprendre que les règles et les lois valent pour tout le monde. Si elles lui semblent injustes, qu'il fasse pression pour les changer au lieu de choisir la voie facile, soit de les ignorer ou de les contourner.

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