Respirons le bonheur

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Alors, vous respirez le bonheur?

Comme chaque fois, la publication de ces sondages qui prétendent mesurer l'indice de bonheur d'une population me laisse dubitatif. Car enfin, y a-t-il quelque chose de plus insaisissable, de plus indéfinissable que le bonheur?

J'ai envoyé un texto à ma blonde. «Beauté, ne trouves-tu pas que le bonheur est un peu comme l'amour? C'est un oiseau rebelle. Tu crois le tenir, il t'évite. Tu crois l'éviter, il te tient.»

Elle m'a répondu: «Calme-toi.»

Mais je ne suis pas si facile à calmer.

«Beauté, ai-je riposté, sur une échelle de 1 à 10, où se situe ton niveau de bonheur face à la vie en général - 10 étant le niveau le plus satisfaisant?»

Son texto a fait vibrer mon iPhone: «Ah, tu m'emmerdes avec tes questions! Le bonheur dépend de tellement de choses qui peuvent influencer le résultat final. Est-ce que je dois absolument répondre?»

Mais non, chérie. Je connais déjà la réponse. Tu respires le bonheur.

D'après Statistique Canada, la population d'Ottawa-Gatineau se classe dans le premier tiers de l'indice national du bonheur avec un indice de 8.05.

Bon, on n'est pas aussi heureux que les gens du Saguenay. Mais ils ont Jean Lala Tremblay à la mairie, ce qui vous gonfle un indice du bonheur pas à peu près. Par contre, on est plus heureux que les Torontois (là, il faut mettre la faute sur les Maple Leafs).

"*

Je blague, mais c'est très sérieux cette affaire d'indice du bonheur. De plus en plus, on parle d'aligner les politiques publiques sur l'indice du bonheur plutôt que sur le produit intérieur brut ou la croissance économique. Quoi de plus naturel? L'être humain n'aspire-t-il pas au bonheur? Et faut-il rappeler que le droit inaliénable au bonheur est inscrit dans la déclaration d'indépendance des États-Unis?

L'Organisation des Nations unies a adopté une résolution, en juillet 2011, invitant les pays membres à mesurer l'indice de bonheur de leur population et à y ajuster leurs politiques publiques. Depuis quelques années, de nombreux pays le font, dont le Canada. En parallèle, des chercheurs américains publient régulièrement un World Happiness Report qui établit le classement mondial du bonheur. En 2010-2012, le Canada s'y classait au 6e rang derrière le Danemark, la Norvège, la Suisse, les Pays-Bas et la Suède.

Le bonheur semble difficile à mesurer. Mais les chercheurs ont réalisé que les données étaient fiables. En fait, les gens sont tout à fait capables d'évaluer avec précision leur degré de bonheur dès lors qu'ils ont compris qu'on parle de leur satisfaction en général à l'égard de leur vie.

D'ailleurs, ce n'est pas tant l'indice de bonheur qui est intéressant. Mais plutôt la question universelle qui se cache derrière. À quoi tient le bonheur? À l'argent? À un bon réseau social? Aux valeurs morales? À l'égalité des chances? À une bonne santé mentale?

On a envie de dire: toutes ces réponses.

Mais il n'en a pas toujours été ainsi. À une certaine époque, le bonheur était essentiellement une question de vertu. Il suffisait de mener une «bonne vie» pour obtenir le paradis à la fin de ses jours. Même la pauvreté ne nuisait pas à l'atteinte du bonheur. Au contraire, elle procurait de meilleures chances d'aller au paradis.

Puis le bonheur s'est vendu sous la forme de bons emplois, d'une belle qualité de vie et d'une croissance économique soutenue. Mais bon, on le sait, l'argent seul ne fait pas le bonheur. En Chine, où le boom économique a provoqué un exode vers les villes et fait bondir le revenu moyen, l'indice de bonheur n'a pas suivi. Comme si les Chinois ont eu l'impression de perdre une part de bien-être en devenant plus riches.

On se rend compte que le bonheur tient à plein de grandes et de petites choses. N'est-ce pas, beauté?

Ma blonde m'a répondu sans coup férir: «Mon bonheur augmente quand tu me fiches la paix avec tes questions existentielles.»

C'est ce que je vous disais. Elle respire le bonheur.

pduquette@ledroit.com

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