Vieillir dans la dignité

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Après ce grand débat sur la question de mourir dans la dignité au Québec, il serait peut-être temps de réfléchir à un enjeu corollaire: vieillir dans la dignité.

L'existence d'un marché noir des bains dans les CHSLD du Québec nous a rappelé que nos personnes âgées n'ont droit qu'à un bain par semaine dans les établissements de santé. C'est la norme. Le reste du temps, on les lave à la mitaine.

Cette norme est un non-sens et il n'est pas étonnant que des pratiques plus ou moins légales se soient développées, en parallèle, pour y remédier. Et pourtant, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, affirme sans rire que les services donnés par l'État sont adéquats. Lui-même se targue d'avoir lavé du monde à la débarbouillette, sans les sortir du lit, au cours de sa carrière médicale. «Et je peux vous garantir qu'ils étaient aussi propres que dans un bain», a-t-il affirmé.

Ah oui?

J'aimerais bien que le ministre Barrette essaie de convaincre quelqu'un comme ma mère, une dame fière et propre de sa personne, que de se laver à la mitaine revient à prendre un bain. Jamais elle n'admettrait une chose pareille. Si ma mère devait se résigner à recevoir un seul bain par semaine, ce serait à coup sûr au prix de sa dignité.

Et c'est là que je voulais en venir.

À la dignité.

Quand il y a eu ce débat sur l'aide médicale à mourir, la députée péquiste Véronique Hivon a eu ces mots pour résumer l'enjeu en cause: «Mourir dans la dignité, c'est mourir avec le moins de souffrances possible. Mais c'est surtout mourir en ayant le sentiment qu'on est encore la même personne qu'on a été pendant toute notre vie.»

S'il est si crucial pour les Québécois de vivre leurs derniers instants dans la dignité, pourquoi en serait-il autrement lorsqu'il s'agit de vivre leur vieillesse? D'ailleurs, remplacez le mot «mourir» par «vieillir» dans la déclaration de Mme Hivon, et vous avez tout ce qu'il faut pour nourrir un sacré beau débat.

Si des gens dans les CHSLD sont prêts à payer un extra pour un bain supplémentaire, c'est parce qu'à l'échelle de la dignité humaine, un bain a plus de valeur à leurs yeux qu'un simple lavage à la débarbouillette.

C'est une petite douceur que leur offraient des préposés - pas nécessairement mal intentionnés. Sauf que le ministre Barrette, tout comme les partis d'opposition, a eu vite fait de condamner en bloc les bains au noir. C'est bien beau de jouer ainsi les vierges offensées. Mais nous revoilà au point de départ.

Le ministre Barrette refuse d'admettre que les normes actuelles sont inadéquates. Dans les faits, c'est pourtant évident, elles ne comblent pas les attentes de plusieurs résidents de CHSLD. Le problème de la personne âgée qui veut améliorer sa qualité de vie et se payer une petite douceur demeure entier.

Faudra-t-il une commission «Vieillir dans la dignité» pour régler la question?

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Parlant de dignité...

Mais qu'est-ce qu'elle a fait, cette pauvre Mme Café, pour mériter pareil traitement? Dix ans qu'elle offre du café bénévolement dans les couloirs de l'Hôpital de Hull. Tout d'un coup, on l'écarte sans ménagement. On lui dit de se trouver autre chose pour se «désennuyer».

Ma collègue Justine Mercier relatait toute l'histoire dans l'édition de samedi. Mme Café, Pierrette Marcoux de son vrai nom, a fait l'erreur d'offrir du café aux mauvaises personnes et au mauvais endroit dans l'hôpital. La Fondation Santé Gatineau, qui exploite un petit café dans l'édifice, a porté plainte pour concurrence déloyale...

Non, mais quelle mesquinerie.

Mme Marcoux ne vendait pas de la drogue, mais du café. Oui, il lui est arrivé de transgresser les règles. Et après? Ce n'est pas avec ses misérables ventes de café qu'elle mettra en péril les revenus de la Fondation Santé Gatineau qui accumule chaque année des centaines de milliers de dollars en dons.

Qui veut travailler dans un hôpital de nos jours? Mme Marcoux y passait 30 heures/semaine. Elle déboursait 100$ de sa poche pour le transport entre sa résidence et son «lieu de travail». Elle en retirait un grand bonheur. Et là, on lui dit de se trouver autre chose à faire et de se la fermer.

Pathétique.

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