Les trous fédérateurs

Le nid-de-poule rassemble le peuple. Comme on dit... (Martin Roy, LeDroit)

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Le nid-de-poule rassemble le peuple. Comme on dit dans les téléréalités, il crée des rapprochements.

Martin Roy, LeDroit

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S'il y a une calamité qui nous unit tous, en ces temps d'austérité, c'est bien le nid-de-poule.

Ah, le nid-de-poule.

Un sujet de conversation inévitable à ce temps-ci de l'année, et un objet de fascination qui ne se tarit jamais.

Le nid-de-poule rassemble le peuple. Comme on dit dans les téléréalités, il crée des rapprochements. C'est un sujet aussi universel que la météo dans les cages d'ascenseur.

Pis, les nids-de-poule sur Gréber sont roughs c't'année, hein?

Oh que oui, Monsieur.

Comme société, on peut être en désaccord sur les quotas imposés aux médecins, la hausse des frais dans les garderies, l'abolition des commissions scolaires, la grève étudiante ou la participation canadienne à la guerre au Moyen-Orient.

Mais le nid-de-poule fait consensus.

Il y a quelque chose de fédérateur dans le cratère d'asphalte. L'humanité entière s'élève contre le nid-de-poule.

Depuis que l'homo erectus s'est pris le pied dans un trou, en sortant de sa caverne, il en a gardé une trace génétique indélébile.

Une trace qui l'a suivi tout au long de son évolution. À preuve, cette précision tout à fait remarquable avec laquelle on comptabilise les trous dans les rues.

À notre demande, la Ville d'Ottawa nous a fourni le nombre de nids-de-poule comblés par ses cols bleus depuis le début de l'année. Réponse: 34174.

Pas 34173 ni 34175.

Non: 34174 nids-de-poule.

La statistique au trou près.

Vous n'êtes pas sidéré? Moi si.

Parce que si cette statistique existe, si les cols bleus prennent le temps de compter un à un les nids-de-poule comblés, c'est que quelqu'un, quelque part, a voulu savoir.

Qui au juste?

Vous, peut-être?

***

J'écoutais le porte-parole d'une ville à la radio cette semaine.

Il nous disait à quel point la lutte aux nids-de-poule est une bataille sans cesser à recommencer. Je pense même qu'il a dit que c'était une lutte perdue d'avance. Sur le ton de: savez ce que c'est, avec notre climat au Québec, les gels et dégels, on a beau faire, ils reviendront toujours.

ben, le climat a le dos large.

Le nid-de-poule n'est pas qu'une calamité. C'est aussi le résultat de la négligence des villes. Pendant des années, elles ont gelé les taxes et sous-investi dans leurs infrastructures. C'est vrai pour l'asphalte, ça l'est aussi pour les canalisations sous la rue qu'on a laissées se détériorer, parfois jusqu'au point de non-retour.

Si bien qu'aujourd'hui, juste pour rattraper son retard dans l'entretien de ses infrastructures, Gatineau a calculé qu'il lui faudrait investir la somme astronomique de 1,1 milliard. C'est presque deux fois la totalité de son budget annuel. Et Gatineau n'est pas la seule dans sa situation, c'est le propre de la plupart des villes canadiennes.

À Gatineau, c'est pour cela que depuis quelques années, une nouvelle ligne s'est ajoutée sur notre compte de taxes. On y paie une taxe dédiée aux infrastructures de 1% pour combler, petit à petit, le retard.

La beauté de l'affaire, c'est que l'aversion pour les nids-de-poule n'a d'égale que celle pour les hausses de taxes. Nous voici donc tous comblés avec deux raisons de chialer pour le prix d'une.

C'est pas assez rassembleur, ça?

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