L'intégration par le sucre

Plusieurs jeunes nouveaux arrivants ont goûté à la... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Plusieurs jeunes nouveaux arrivants ont goûté à la culture canadienne, vendredi, à la cabane à sucre du Muséoparc Vanier.

Patrick Woodbury, LeDroit

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C'est bien beau la musique, le raconteur de légendes autochtones, les tours de calèche et les seaux accrochés aux érables. Pour sa première visite à la cabane à sucre, Godson avait surtout envie d'une chose: goûter à de la tire d'érable.

Des autobus scolaires débarquaient leurs bataillons d'enfants vendredi matin au Muséoparc Vanier. Tout ce beau monde allait se sucrer le bec dans l'ancienne cabane à sucre des Frères Blancs. Le groupe de Brian St-Pierre mettait de l'ambiance au son de la guitare électrique.

J'étais dans la cabane à sucre quand j'ai vu entrer la classe de Godson. Une suite de petits visages noirs, noirs, noirs engoncés dans les capuchons de leurs gros manteaux d'hiver. Godson, lui, portait un manteau de cuir, la tête recouverte par le capuchon de son kangourou.

«T'as froid, Godson?», lui a demandé quelqu'un.

Godson a fait non de la tête. Comme ses camarades, le petit bonhomme de 11 ans promenait de grands yeux curieux sur les murs de la cabane en bois rond où il mettait les pieds pour la première fois.

Godson fait partie de la classe de Gilles Bourgeois qui enseigne aux nouveaux arrivants à l'école Montfort d'Ottawa. M. Bourgeois est responsable d'une vingtaine d'enfants qui habitent au Canada depuis moins de quatre ans. Ils arrivent de Haïti, du Congo, du Rwanda, du Burundi, après avoir traversé mille épreuves et vécu dans des camps de réfugiés.

M. Bourgeois cherche par toutes sortes de moyens à initier sa troupe aux traditions et aux valeurs de leur pays d'accueil. Jusqu'à maintenant, ils sont allés au Musée canadien de l'histoire, puis au Musée de la nature.

«C'est de leur apprendre comment on vit ici, de leur montrer ce qui est différent par rapport à leur vie antérieure, a expliqué M. Bourgeois. Certains viennent de régions éloignées d'Afrique, d'autres ont séjourné dans des camps de réfugiés, ils ont vécu toutes sortes de choses... Mais c'est tellement un beau groupe!»

Lors de leur visite au Musée de l'histoire, ils ont vu un film IMAX sur l'Afrique. «Le plus beau moment, c'est quand ils se sont tous levés à la fin pour danser sur de la musique africaine. C'était un moment vraiment magique», a raconté Gilles Bourgeois.

«Ensuite, on leur a fait vivre une autre tradition canadienne, soit de manger des queues de castor. Ils pouvaient choisir les bonbons qu'ils voulaient mettre dessus. C'était nouveau pour eux, et ils ont adoré l'expérience!»

Après les queues de castor, on restait donc dans le thème du sucre vendredi. Pour Godson, originaire de la République centrafricaine, c'était une toute première visite à vie à la cabane à sucre.

«Mais j'ai mangé du sirop d'érable une fois, m'a-t-il précisé.

- C'était bon?

- Oui.

- Et t'as jamais mangé de tire d'érable?

- Non, jamais.»

Quand le groupe a eu fini de se restaurer et de se réchauffer, Gilles Bourgeois a donné le signal. C'était enfin l'heure de goûter à cette fameuse tire d'érable.

J'ai dit à Godson de m'attendre, que je voulais assister à sa toute première bouchée de tire au monde, et obtenir ses commentaires en exclusivité. Godson m'a lancé un regard perplexe, mais il m'a attendu.

Les bacs de neige étaient installés dehors devant la cabane. Des gens coulaient le sucre d'érable brûlant sur la neige. J'ai roulé un morceau de tire sur un bâton, et je lui ai tendu. Il l'a contemplé un instant avant de le fourrer dans sa bouche.

«Pis, c'est dégueulasse, hein, Godson?»

Il a feint de réfléchir un moment avant de trancher: «Non, c'est bon.»

Il s'est mis à neiger entre les érables, et j'ai contemplé un moment les enfants qui s'épivardaient dans les bois.

Gilles Bourgeois est revenu, il avait une surprise, il avait acheté des biscuits sucrés à l'érable. Les enfants se sont précipités pour en avoir un morceau.

J'ai aperçu Godson, installé un peu plus loin. Il s'était repris de la tire d'érable, un énorme morceau.

Je lui ai dit: «T'exagères!»

Il n'a pas répondu, il m'a juste retourné un grand sourire d'enfant heureux.

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