Agnès et ses poules

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Appelons-la Agnès.

Je ne dévoile pas son véritable nom parce que cette dame élève des poules - deux poules, en fait - dans la plus totale clandestinité à Gatineau. Je ne voudrais pas lui causer d'ennuis, l'élevage de poules urbaines étant pour le moment strictement interdit dans les secteurs résidentiels.

Bref, si Agnès a transformé l'arrière-cour de son bungalow en basse-cour, ce n'est pas tant pour l'amour des poules que pour les oeufs. Elle voulait manger des oeufs frais et sains, tout droit sortis du volatile.

Alors elle s'est renseignée ici et là. Elle avait un collègue de travail qui en connaissait un brin sur le sujet. Lui, il élève neuf poules dans la cour arrière de son jumelé.

Agnès a décidé de commencer modestement. Elle s'est donc procuré deux poules chez un fermier de la région. Puis elle a investi 250$ dans l'achat d'un poulailler. «Un condo de luxe pour poules de ville», décrit-elle. L'immeuble résidentiel s'est retrouvé entre la piscine et la balançoire des enfants.

Depuis, la voilà avec deux poules dans son arrière-cour qui picorent, et qui caquettent. En fait, elles ne caquettent pas tant que cela. Sauf au moment de pondre leur oeuf.

«Alors mes poules lâchent une sorte de gloussement: pla... cotte, pla... cotte, pla... cotte!» a mimé Agnès.

Un peu comme le ministre Barrette quand il lâche ses bruits de poule à l'Assemblée nationale?

En plein ça, a acquiescé Agnès.

Et c'est beaucoup d'entretien, des poules?

«Oui, il faut les nourrir, nettoyer leur enclos. J'ai acheté un gros sac de grains. Mais le fermier a dit qu'on pouvait leur donner des restes de table. De la laitue, des légumes, des restants de jambon ou de poulet...»

Des restants de poulet? «En fait, on a arrêté le poulet. Mon fils s'y opposait pour des raisons éthiques. Il m'a fait remarquer que c'était du cannibalisme...»

Et les voisins, Agnès, ils se plaignent? Suffirait d'une plainte pour que la Ville débarque chez vous et vous force à démanteler la basse-cour.

«Les voisins, on les a mis dans le coup. J'en ai un qui élève un cochon dans sa maison, alors... On leur distribue les oeufs en surplus. Des poules, ça ne fait pas de bruit. Il n'y a pas d'odeur. Au chapitre des nuisances, c'est moins dérangeant qu'un chien ou qu'un voisin qui pousse à fond le volume de sa musique.»

Et les oeufs, Agnès? Ils sont bons?

«Au goût, c'est la même chose que les oeufs achetés à l'épicerie. C'est la texture qui est différente. La grosse différence, c'est la fraîcheur. Et on sait d'où ils viennent.»

Gaétan et sa conjointe ont aussi eu des poules pendant deux ans dans la cour arrière de leur duplex du Vieux-Hull. C'était eux aussi pour les oeufs frais. Au passage, ils ont découvert un charmant animal de compagnie.

«C'est super-gentil une poule et tu peux l'apprivoiser, dit Gaétan. Quand on prenait le soleil sur la chaise longue, elle venait se coucher avec nous. C'est pas cher à nourrir, ça nous fournit du beau compost et en plus, elle nous débarrasse des insectes nuisibles.»

•••

New York, Chicago et Seattle autorisent l'élevage de poules en milieu urbain. Pourquoi pas Gatineau?

La Ville y réfléchit. Sous la pression de citoyens qui souhaitent la voir assouplir son règlement, Gatineau a signé un protocole avec l'organisme Vivre en ville pour stimuler sa réflexion sur l'agriculture urbaine en général.

Mais voilà, les choses ne sont pas si simples qu'elles en ont l'air. Élever des poules en ville peut être une expérience enrichissante. Sauf qu'introduire des animaux d'élevage dans un centre urbain a aussi des incidences sur la vie en société.

La présence de maladies contagieuses potentiellement transmissibles à l'humain, comme la grippe aviaire, est une préoccupation. Est-ce qu'une ville comme Gatineau est équipée pour éviter la propagation d'une épidémie?

D'autres questions touchent l'environnement et la santé des poules. À l'approche de l'hiver, des citoyens choisiront de se défaire de leurs poules. Qui s'occupera des oiseaux abandonnés? La SPCA?

Pris isolément, c'est joli, une poule urbaine. Transformer une ville en poulailler, c'est une tout autre affaire...

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