Bouts de seringue

Sur les médias sociaux, certains accusaient le ministre Gaétan Barrette de... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Patrick Woodbury, LeDroit

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Sur les médias sociaux, certains accusaient le ministre Gaétan Barrette de vouloir remplir les parcs de seringues souillées en limitant l'accès aux bacs destinés aux aiguilles usagées.

On n'en est pas encore là.

N'empêche qu'en reculant discrètement sur son programme de récupération des seringues usagées, Québec oublie un peu vite le contexte explosif dans lequel il a été mis en place en 2006.

Pour l'instant, Québec ne fait que réduire le nombre de bacs de récupération disponible gratuitement dans les pharmacies. C'est déjà assez pour inquiéter les pharmaciens. Certains craignent de se retrouver en rupture de stock à cause de cette directive ministérielle. On redoute surtout le retour à une triste époque.

Au début des années 2000, les reportages se multipliaient sur la découverte de seringues souillées près des garderies. Le climat était à la paranoïa. Dans certains quartiers chauds de Montréal, les éducatrices de garderie ratissaient les carrés de sable avant d'y laisser jouer la marmaille.

Le problème était bien réel. Près de 150 enfants s'étaient retrouvés à l'hôpital Sainte-Justine, entre 1995 et 2003, à la suite de piqûres accidentelles. On rapportait aussi des centaines d'accidents de travail causés par des aiguilles ou des seringues usagées.

Ces histoires faisaient la joie des animateurs de tribune téléphonique. Ils avaient beau jeu de lâcher leur fiel sur les junkies qui traînaient dans les parcs. Au point où l'on remettait en cause les programmes d'échanges de seringues mis en place par la santé publique pour réduire la transmission du VIH et de l'hépatite.

***

L'heure était grave. Pour calmer le jeu, un groupe de travail a été créé avec le mandat de dresser un portrait nuancé de la situation.

On s'est rendu compte que les toxicomanes n'étaient pas les seuls à se débarrasser n'importe comment de leurs seringues usagées. Bien d'autres utilisateurs le faisaient aussi. À commencer par les diabétiques qui jetaient tout simplement leurs vieilles aiguilles aux poubelles.

Après avoir examiné l'affaire sous toutes ses coutures, le groupe de travail en était arrivé à une conclusion. Le moyen le plus simple de récupérer aiguilles et seringues souillées était de distribuer gratuitement des bacs de récupération dans les pharmacies.

Dans tous les cas, on jugeait que la distribution gratuite des récipients reviendrait moins cher, à 600000$ par année, que les coûts sociaux associés aux piqûres accidentelles, qui se situaient entre quelques centaines et quelques milliers de dollars par cas.

***

Sachant tout cela, on peut s'interroger sur le zèle du ministère de la Santé à rationaliser un programme qui coûte des pinottes à l'échelle du Québec.

Difficile de voir autre chose dans cette directive ministérielle qu'une opération à courte vue destinée à couper des dépenses.

Le ministère affirme que la demande pour les bacs a chuté et qu'il convenait de réajuster le tir. Fort bien. Le problème, c'est qu'on ignore comment la directive ministérielle va s'appliquer sur le terrain.

Va-t-on faire respecter aveuglément les nouvelles consignes ou faire preuve d'un minimum de souplesse?

À Gatineau, des pharmaciens s'attendent à voir ressurgir les problèmes si les nouvelles restrictions s'appliquent à la lettre.

«Les junkies ne payeront pas pour s'acheter eux-mêmes un bac. C'est le dernier de leur souci de savoir à quel endroit les aiguilles vont se ramasser», confiait au Droit une technicienne de pharmacie.

Souhaitons que le ministère de la Santé consente des exceptions aux pharmacies capables de démontrer que leurs besoins sont supérieurs à la nouvelle limite de 36 petits bacs par mois.

Ça ne vaut pas la peine de saboter huit ans d'efforts pour réaliser des économies de bouts de seringue...

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