Les défis de Mario Beaulieu

Mario Beaulieu doit rebâtir son parti d'ici les... (Martin Roy, LeDroit)

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Mario Beaulieu doit rebâtir son parti d'ici les élections fédérales.

Martin Roy, LeDroit

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Peut-être que je me trompe, mais ce petit café d'Aylmer où j'avais rendez-vous avec le chef du Bloc québécois Mario Beaulieu, hier après-midi, ne me semble pas exactement un repère d'indépendantistes. Le Café Mulligan était bondé et, comme souvent à Aylmer, ça jasait autant en français qu'en anglais au-dessus des tables.

Et pourtant...

Mario Beaulieu n'avait pas sitôt franchi le pas de la porte que deux militants souverainistes se levaient pour l'accueillir chaleureusement et lui serrer la main - avec toutes les apparences de la franche spontanéité. Pendant l'entrevue, un troisième homme s'est arrêté à notre hauteur pour le saluer. Plus tard, c'est un couple qui est venu s'asseoir à la table voisine pour l'interpeller et lui souhaiter la meilleure des chances.

Puis un des deux hommes du début a interpellé M. Beaulieu, façon Pierre Karl Péladeau, pour se plaindre de ce que l'immigration met en péril le projet d'indépendance du Québec. «Il faut faire vite», a-t-il dit au chef bloquiste.

Je veux bien croire aux coïncidences, mais là, ça faisait beaucoup.

Je me suis penché vers Mario Beaulieu et son attachée de presse.

«C'est quoi l'affaire? Vous avez arrangé ces rencontres apparemment fortuites pour m'impressionner?»

Les deux ont nié.

«Non, non, d'ailleurs, ce n'était pas prévu qu'on venait ici. C'est vous qui avez choisi l'endroit!» m'a fait remarquer son attachée de presse, Julie Groleau.

C'est vrai.

Quelques heures plus tôt, c'est moi qui avais proposé cette rencontre au Café Mulligan. Parce qu'il se trouvait à deux pas du Bulletin d'Aylmer où le chef bloquiste donnait une entrevue juste avant la mienne.

Admettons que Mario Beaulieu soit connu dans Hull-Aylmer comme Pierre Karl Péladeau dans Saint-Jérôme...

Dans mon cas, c'était la première fois que je rencontrais cet ancien président de la Société Jean-Baptiste qui a pris la relève de Gilles Duceppe à la tête d'un Bloc québécois décimé, l'été dernier.

Le nouveau leader du Bloc a fait une entrée en scène pour le moins fracassante sur la scène fédérale, se mettant à dos Gilles Duceppe pour des propos apparemment mal interprétés puisque les deux hommes se sont réconciliés par la suite.

L'arrivée de M. Beaulieu a été suivie par la démission de deux des quatre députés du Bloc québécois et le départ de membres haut placés du parti.

Je m'attendais à une personnalité flamboyante, mais non. Mario Beaulieu s'exprime d'une voix calme, presque monocorde. Aux antipodes d'un PKP, tiens.

Il aura beaucoup à faire, d'ici l'élection fédérale, pour rebâtir un parti qui a pratiquement été rayé de la carte en 2011. Non seulement le Bloc québécois ne compte plus que deux députés, sa pertinence a été remise en doute par les souverainistes eux-mêmes - notamment par PKP qui s'est cependant rétracté.

Alors que sous Gilles Duceppe, le Bloc québécois se faisait le champion du «consensus québécois», M. Beaulieu compte plutôt remettre à l'avant-plan la promotion de la souveraineté à Ottawa. Il parle d'ailleurs sans gêne de l'indépendance. Tout un contraste avec le discours en demi-teinte de Pauline Marois lors de la dernière élection provinciale.

«On est rendu à l'étape de vraiment relancer le mouvement indépendantiste», juge le chef bloquiste qui compte sur la course à la chefferie du Parti québécois pour stimuler la ferveur souverainiste. «Notre stratégie est à deux volets. On pense que oui, il faut relancer le mouvement indépendantiste. Mais il faut avoir des députés à Ottawa qui vont permettre au Québec de conserver ses acquis et d'avoir les programmes qui sont les plus avantageux pour lui.»

Le Bloc devra aussi démontrer aux Québécois qu'il est le meilleur défenseur de ses intérêts après avoir été balayé par la vague orange en 2011. Pas pour rien que M. Beaulieu accuse les partis fédéralistes d'ignorer les préoccupations du Québec, dont l'environnement et le déséquilibre fiscal.

Mais pour ce qui est de persuader les électeurs de l'Outaouais réfractaires à la souveraineté, M. Beaulieu n'avait pas d'arguments neufs à proposer. Si ce n'est ce vieux refrain, guère convaincant, qu'un Québec souverain récupérerait les emplois perdus dans la fonction publique fédérale.

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