En attendant le plan de match

Martin Cauchon a donné la direction de son... (Erick Labbé, Le Soleil)

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Martin Cauchon a donné la direction de son groupe de presse à Claude Gagnon.

Erick Labbé, Le Soleil

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J'étais en affectation dans le fin fond de Gatineau quand mon iPhone s'est mis à vibrer en fou. J'ai jeté un coup d'oeil à l'écran. «On est vendus, venait de me texter une collègue. Les six journaux régionaux, dont LeDroit.»

J'ai cru à une blague. Puis un autre message est rentré.

«À Martin Cauchon.»

Quoi? LeDroit est vendu à Martin Cauchon? L'ex-ministre libéral? Le père du projet de loi sur le mariage gai au Canada?

Oui, lui.

J'ai texté, vite, vite: «Il a du cash, lui?»

«Je sais pas. Rapplique au bureau au plus vite. On a une rencontre avec la direction à 11h», m'a texté ma collègue.

À vrai dire, j'étais seulement à moitié surpris de la transaction.

Ce n'est pas d'hier que des rumeurs de vente circulent au sein du groupe Gesca. On sentait bien que l'écart se creusait, ces dernières années, entre le navire amiral du groupe - la grosse Presse de Montréal - et les six quotidiens régionaux de Gesca.

Il devenait de plus en plus évident que les journaux régionaux ne cadraient plus dans le modèle d'affaires de Gesca, où La Presse +en menait large. On savait que des changements se profilaient à l'horizon depuis les déclarations des frères Desmarais, principaux dirigeants de Power Corporation, à l'effet que les quotidiens régionaux de Gesca devraient se redéfinir sous peine de disparaître.

Vue de l'intérieur, la vente d'hier apparaît donc comme la suite logique des choses. Autre signe de continuité, Martin Cauchon a confié la direction de son nouveau groupe de presse à un ancien du Droit, Claude Gagnon, l'éditeur du Soleil de Québec qui dirige les journaux régionaux de Gesca depuis 2009.

Hors du giron devenu contraignant de Gesca, les quotidiens régionaux trouveront peut-être davantage d'espace pour se renouveler. En tout cas, ils disposeront de quelques années de plus afin de développer leur propre modèle d'affaires pour faire la transition du papier vers le numérique.

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Pour la première fois depuis longtemps hier, on a entendu un patron de presse défendre avec ferveur l'importance d'une presse régionale forte. Après des années à vivre dans l'ombre des grands médias montréalais, c'est rafraîchissant. Reste à savoir, comme plusieurs l'ont souligné hier, si Martin Cauchon aura les moyens de ses ambitions.

L'apparition de l'ex-ministre libéral dans le paysage médiatique soulève d'ailleurs bien des questions. On ne lui connaît pas de fortune personnelle, mais il a tout de même les moyens de faire l'acquisition d'un important groupe de journaux.

Dans ce contexte, ses relations d'amitié notoires avec la famille Desmarais prennent toute leur importance. Ceux-ci ont-ils facilité, d'une manière ou d'une autre, la transaction? Est-ce que Martin Cauchon est là pour remplir une commande ou a-t-il le champ libre?

Je n'en sais rien.

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Quand je suis revenu dans la salle de rédaction, le speech de la direction venait de se terminer.

Mes collègues jasaient en petits groupes autour des postes de travail. Chacun tentait, à sa manière, d'absorber la nouvelle, de soupeser le pour et le contre, d'entrevoir les changements qui nous attendent. Un changement de propriétaire est toujours un choc.

Nos collègues de la radio, de la télé et des autres journaux tentaient d'avoir nos réactions à chaud. Pour une fois, on se retrouvait de l'autre côté du micro. Et on n'avait pas grand-chose à leur dire, là, tout de suite, par manque de recul.

Cette vente est une bonne nouvelle ou non?

Attendons de voir le plan de match.

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