Le voeu d'Abraham

France Rivest a demandé le rapatriement des restes... (Étienne Ranger, LeDroit)

Agrandir

France Rivest a demandé le rapatriement des restes d'Abraham. Les Inuits étudient le dossier.

Étienne Ranger, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Après des années de recherches, la Gatinoise France Rivet a retrouvé les squelettes d'un groupe d'Inuits du Labrador morts à Paris en 1880, après avoir été exhibés en tant qu'espèce exotique dans un zoo humain d'Europe.

Passionnée de généalogie, France Rivet s'est lancée sur les traces d'Abraham Ulrikab après avoir appris son destin tragique lors d'une croisière dans le Grand Nord en 2010. La bibliothèque du navire comprenait un exemplaire du journal de bord d'Abraham, un Inuit de la communauté disparue de Hebron.

Abraham faisait partie d'un groupe de huit Esquimaux partis volontairement en Europe, en 1880, pour devenir la nouvelle attraction du zoo humain de Carl Hagenbeck en Allemagne. À l'époque, les foires de cet ethnologue attiraient les foules, fascinées par le spectacle des «sauvages».

Pour le plus grand plaisir des Européens, Abraham et ses compatriotes revêtaient leur parka et tiraient au harpon. Les Inuits étaient aussi des sujets de choix pour les anthropologues de l'époque.

Mais voilà, le journal de bord d'Abraham s'interrompait à Paris. Les Européens ont omis de vacciner les Inuits contre la variole. Abraham et ses compatriotes en sont tous morts, moins de quatre mois après leur arrivée en Europe.

Fascinée par le destin d'Abraham et passionnée par le Grand Nord, France Rivet a entrepris des recherches pour connaître la fin de l'histoire. Que s'était-il donc passé à Paris après le décès d'Abraham? Qu'était-il advenu de leurs restes?

Amorcée en 2010, sa quête l'a conduit à visiter les archives et les collections de grands musées européens, de Paris à Berlin, en passant par Hambourg, Oslo et Tromsö.

Contre toute attente, elle a retrouvé la trace d'Abraham et de ses proches.

---

Rien ne prédisposait pourtant France Rivet, informaticienne de métier, à mener des travaux de cette ampleur. Pourtant, elle a pu accéder aux archives et aux collections des grands musées d'Europe.

Elle disposait d'une bonne base d'information pour mener ses recherches. En plus du journal d'Abraham, elle a mis la main sur le journal de Johan Adrian Jacobsen, l'armateur norvégien qui recrutait des Inuits pour le compte de Carl Hagenfeld.

C'est en cherchant la calotte crânienne d'une des Inuits, évoquée dans le journal de Jabcobsen, que France Rivet a pu effectuer la percée décisive. Au Musée de l'Homme à Paris, un conservateur l'a rappelé à ce sujet. «On a retrouvé la calotte parmi notre collection, Madame. Et aussi les squelettes de cinq des huit Esquimaux.»

France Rivet a senti son coeur s'arrêter.

«Ce jour-là, j'ai réalisé que j'étais la seule personne sur la planète à savoir qu'ils étaient encore là», dit-elle.

---

Il était bien là, devant elle, 134 ans plus tard.

Le squelette d'Abraham était suspendu au plafond, parmi des centaines d'autres squelettes de la collection d'anthropologie du musée.

Il n'était pas seul. Il y avait là sa femme Ulrike, leur fille Maria, l'adolescent Tobias et le chaman d'une autre famille, Tigiannak. Le crâne de l'autre fille d'Abraham, Sara, a été localisé dans un musée de Berlin. Tout comme celui de Paingu.

Au final, France Rivet a retrouvé les restes de sept des huit Esquimaux. Et maintenant?

Tout au long de sa quête, France Rivet gardait en tête un passage particulièrement émouvant du journal d'Abraham. Parti en Europe pour donner de meilleures conditions de vie à sa famille, il a vite réalisé son erreur. Abraham rêvait de retourner un jour sur ses terres ancestrales.

C'est au voeu d'Abraham que France Rivet a repensé en contemplant son squelette.

«La vie m'a donné une mission. Abraham est parti de bonne foi vers l'Europe, avec l'espoir d'améliorer son sort. Il a permis a des entrepreneurs de faire des profits, a des anthropologues de les étudier. Abraham voulait revenir chez lui. Une porte s'ouvre à moi pour exaucer son souhait.»

France Rivet a transmis toutes ses découvertes au gouvernement du Nunatisiavut, l'autorité compétente pour demander le rapatriement des restes. Aux dernières nouvelles, les Inuits étudiaient le dossier.

En attendant, France Rivet a consigné le fruit de ses recherches dans un livre: Sur les traces d'Abraham Ulrikab. Son épopée est aussi le sujet d'un documentaire qui sera présenté sur TV5, l'automne prochain, de même qu'à l'émission de David Suzuki à CBC, The Nature of Things.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer