Pardon et châtiment

Jennifer Teague a été assassinée en 2005 alors qu'elle... (Courtoisie)

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Jennifer Teague a été assassinée en 2005 alors qu'elle revenait à pied, tard le soir, de son quart de travail dans un restaurant Wendy's d'Ottawa.

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On peut pardonner au meurtrier de sa fille. Tout en priant avec ferveur pour qu'il croupisse pour le reste de ses jours en prison sans possibilité de libération conditionnelle.

«Le pardon est une chose, le châtiment en est une autre», affirme Edward Teague, dont la fille Jennifer a été assassinée en 2005 alors qu'elle revenait à pied, tard le soir, de son quart de travail dans un restaurant Wendy's d'Ottawa.

M. Teague avait créé la stupeur en affirmant, lors des funérailles de sa fille de 18 ans, qu'il pardonnait à l'auteur du meurtre. L'absolution du père était d'autant plus ahurissante que le meurtrier, Kevin Davis, courait toujours à l'époque. Il devait être arrêté huit mois plus tard pour écoper d'une peine d'emprisonnement à vie sans possibilité de libération avant 25 ans.

«Aux funérailles de ma fille, j'aurais pu monter à la tribune et dire toutes sortes de choses terribles, raconte Edward Teague 10 ans après les événements. Mais j'ai juste dit ce que je ressentais. J'ai dit que ma fille lui pardonnait. Que moi aussi, je lui pardonnais. À l'époque, la presse et bien des gens se sont demandé ce qui me prenait de dire des choses pareilles...»

Après un moment, il poursuit: «Mais jamais je n'ai dit qu'il ne devait pas être puni. Je lui ai pardonné pour éviter que la haine et la colère n'envahissent ma vie et celle de mon entourage. Il n'en reste pas moins qu'il doit payer pour les crimes qu'il a commis.»

Les propos de M. Teague ont une résonance particulière ces jours-ci. Le gouvernement Harper compte déposer une loi pour qu'une peine d'emprisonnement à perpétuité soit juste ça: une peine à perpétuité. C'est-à-dire sans possibilité de libération conditionnelle.

Le projet du gouvernement plaît déjà aux partisans de la loi et l'ordre. Mais il s'attire aussi des critiques. On lui reproche entre autres de viser dans le vide puisque les criminels les plus dangereux, ciblés par le projet de loi, ne sortent pratiquement jamais de prison au Canada.

À la mention de ces critiques, Edward Teague se renfrogne. Son épouse Sylvie et lui appuient l'initiative de Stephen Harper.

«Il ne faut pas examiner ce projet de loi uniquement à travers la lorgnette du grand public. Il faut aussi considérer le point de vue des victimes», plaide-t-il.

Edward et Sylvie Teague pensent chaque jour à Jennifer. À ceux qui se posent la question: oui, il y a une vie après un meurtre. Les survivants apprennent graduellement à vivre avec la souffrance.

«Nous arrivons de nouveau à apprécier la vie. À pouvoir rire sans se sentir coupables d'être heureux après ce qui est arrivé à Jennifer», raconte Sylvie Teague, la belle-mère de la jeune fille.

Mais pour tourner la page, ils ont dû renoncer à comprendre certains aspects particulièrement troublants du meurtre.

D'après ce qu'il a raconté aux policiers, Kevin Davis, 26 ans, rôdait au petit matin dans les rues de Barrhaven à la recherche d'une victime le 8 septembre 2005. «J'essayais de seulement trouver une fille à... à... tuer», a-t-il expliqué.

Le sort l'a fait tomber sur Jennifer.

«Plus que tout, c'est la raison derrière son geste qui demeure incompréhensible à mes yeux», raconte Edward Teague.

Le couple a écrit un livre pour relater son histoire. Ils y racontent comment la foi chrétienne les a aidés à surmonter les épreuves, de la disparition de Jennifer à la découverte de son corps nu et en décomposition, dix jours plus tard, en bordure d'un sentier.

Behind the Darkest Hours: Where Hope Lies est supporté par l'organisme Victims of Violence. Il fera l'objet d'un lancement à 18h30, samedi soir, au Stonebridge Golf Club à Ottawa.

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