Le message d'Audrey

La jeune Audrey Plouffe et son père Christian.... (Etienne Ranger, LeDroit)

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La jeune Audrey Plouffe et son père Christian.

Etienne Ranger, LeDroit

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Je suis d'accord avec le père, il y a quelque chose d'admirable dans la démarche d'Audrey.

Audrey, 10 ans, s'est attiré les foudres de la direction de l'école du Bois Joli, à Gatineau, pour avoir distribué sans autorisation une lettre à ses camarades de classe.

Une lettre qui visait à informer leurs parents d'un éventuel transfert des classes de 6e année à la polyvalente Le Carrefour, l'an prochain, en raison d'un manque d'espace.

La lettre d'Audrey n'a rien du brûlot politique. Elle tient plutôt de l'appel à la mobilisation. Et se veut, en quelque sorte, une réaction au manque de transparence de la Commission scolaire des Draveurs. Mais j'y reviendrai.

Audrey, donc, s'est fait prendre à distribuer les lettres dans la cour d'école. Quand la directrice lui a ordonné de récupérer les lettres, elle a refusé tout net. «Ç'aurait été comme si j'avais fait tout cela pour rien», a-t-elle expliqué au Midi Trente, à Radio-Canada.

La désobéissance d'Audrey l'exposait à des mesures disciplinaires pour refus de «collaborer avec l'adulte», comme prescrit par le règlement de l'école. En clair, elle risquait une retenue dans le bureau de la directrice.

***

Avant de faire d'Audrey une martyre de la liberté d'expression et de lancer un mouvement #JesuisAudrey sur les médias sociaux, disons ceci: ses parents, et quelques autres, étaient dans le coup.

Son père, Christian Plouffe, l'admet sans détour, tout en jurant que l'idée originale de mobiliser le quartier vient de sa fille. En fait, Audrey voulait joindre les autres parents par téléphone. Elle avait commencé à récolter les numéros de téléphone de ses camarades de classe. «L'idée nous est venue, en tant que parents, d'envoyer plutôt une lettre», a-t-il expliqué au Droit.

Le père a pris le parti de sa fille. «Écoute, j'étais assez fier d'elle, raconte M. Plouffe. Après vingt minutes de conversation avec l'école, j'étais pour dire à Audrey d'aller ramasser les lettres et qu'on n'en parle plus. Mais Audrey a refusé. Alors je lui ai dit: "Tabarouette, bibitte, si tu veux pas les ramasser, on les ramasse pas!"»

Audrey elle-même défend son point de vue avec un aplomb surprenant pour une fille de 10 ans. «Mon but était d'informer les parents de mes camarades, a-t-elle dit à la radio. Je l'ai fait parce que j'aime mon école et que je veux faire changer les choses. J'ai refusé d'aller récupérer les lettres parce que c'était agir contre mes principes.»

Audrey est la seule à s'être fait prendre, mais elle comptait sur trois autres «complices» pour distribuer les lettres.

***

Je ne blâme pas la direction. L'école n'est pas l'endroit pour passer ce genre de message. À la place de la directrice, j'aurais ressenti un sacré malaise à voir une enfant de 10 ans jouer au facteur dans les salles de classe. Surtout si j'avais des raisons de penser que des adultes se servaient des enfants pour passer un message.

Dans sa réponse aux parents d'Audrey, la directrice de l'école fait preuve de nuance. Annick Massie admet qu'Audrey est demeurée respectueuse lors de son intervention. Mais le règlement est clair: une enfant qui désobéit aux consignes d'un adulte, quand les demandes sont raisonnables, s'expose à des conséquences.

Je trouve que l'école a bien joué son rôle. C'est bien beau l'engagement politique et la foi en ses convictions. En même temps, la subversion a un prix...

Pour la petite histoire, Audrey n'a pas été sanctionnée.

***

Ceci dit, je comprends la frustration des parents.

La Commission scolaire des Draveurs a sans doute de bonnes raisons de déplacer les classes de 6e à la polyvalente Le Carrefour. Mais ça n'excuse pas son flagrant manque de transparence.

Christian Plouffe a raison quand il dit que la lettre de la CSD aux parents ne dit rien. Il faut aller sur le site web de la commission scolaire et se rendre à la page 16 d'un document pour comprendre le branle-bas qu'impliquera le déménagement des classes à la polyvalente Le Carrefour.

La CSD aurait voulu s'assurer d'avoir une salle vide à la réunion de jeudi soir qu'elle n'aurait pas agi autrement. Avec l'histoire d'Audrey, la salle risque plutôt d'être bondée...

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