Cherchez l'erreur

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Le gouvernement Couillard semble à court d'arguments pour justifier le démantèlement du Centre d'aide 24/7 au profit d'une ligne Info-Social en Outaouais.

Tellement à court qu'on a vu la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, sombrer la semaine dernière dans une douteuse opération de dénigrement pour justifier sa réforme.

Aux yeux de la ministre, il est clair que le milieu de la santé de l'Outaouais pourra répondre plus efficacement aux appels des personnes en crise suicidaire que le Centre 24/7 qui s'acquitte pourtant honorablement de cette mission depuis 27 ans.

La ministre Charlebois s'est permis d'en rajouter une couche en affirmant à mon collègue Guillaume St-Hilaire que «si les services (du Centre 24/7) étaient faits correctement, on n'en serait pas là».

Ouch.

La ministre s'est aussi inquiétée de la qualité des services rendus par le Centre. «Un appel non répondu, c'est un appel de trop. On parle de sauver des vies ici.»

Re-ouch.

D'accord, il y a quelque chose de troublant à l'idée qu'une personne suicidaire, qui tente d'obtenir de l'aide au téléphone, se bute à une ligne occupée. Sauf que dans la guerre de chiffres qui a suivi la déclaration de la ministre, il n'était plus si clair que le Centre 24/7 manquait à sa mission.

Et puis, la preuve reste à faire que le réseau public sera capable de faire mieux en récupérant le budget de 1,3 million qu'elle allouait au Centre 24/7.

Après tout, la ministre souhaite confier le service téléphonique de crise à un établissement public que son propre gouvernement a mis sous tutelle, en janvier dernier, sous prétexte qu'il n'était pas assez performant.

Cherchez l'erreur.

***

Au fil des ans, le Centre 24/7 a développé une compétence inestimable dans son domaine, en plus de tisser un réseau de services spécialisés en prévention du suicide et en intervention de crise.

L'organisme compte sur un personnel d'intervenants dévoués, bardés de diplômes universitaires, et néanmoins payés à une fraction du salaire offert dans le système public. Et vous pensez faire mieux pour le même prix, Madame la ministre?

Si au moins le plan d'action de l'Agence de la santé de l'Outaouais proposait autre chose que ce que le Centre d'aide 24/7 offre déjà comme services. À la lecture du document, on a plutôt l'impression que toute la réforme vise à démanteler un organisme qui fonctionne pour le reconstruire, à partir de zéro, dans le réseau public.

C'est comme échanger quatre trente sous pour une piastre. Voire pour une piastre et demie, la règle générale étant que les programmes publics coûtent plus cher que les services offerts par le communautaire.

***

Dans ce dossier, le gouvernement semble déterminé à imposer ses vues centralisatrices, peu importe les particularités de chaque région. Tout ça au nom de l'imputabilité et de la reddition de comptes.

Parlant de reddition de comptes, il y a une liste d'«indicateurs de suivi» dans le plan d'action de l'Agence pour la mise en place de sa future ligne Info-Social. On y parle d'effectuer les «consultations téléphoniques psychosociales en 25 minutes ou moins».

Je sais bien que c'est une moyenne et qu'on ne raccrochera pas la ligne au nez de la personne en détresse à la 26e minute. N'empêche, il m'est revenu en tête cette soirée que j'ai passée au Centre d'aide 24/7 il y a quelques mois. Une dame âgée avait téléphoné en pleurs, décidée à mettre fin à ses jours. Avec douceur et patience, l'intervenant avait mis plus d'une heure à la convaincre de ne pas avaler la boîte de pilules qui se trouvait juste à côté de son téléphone. Il l'avait même rappelée, un peu plus tard, pour s'assurer qu'elle avait renoncé à passer à l'acte.

Tout ça pour dire que le succès d'un centre comme le 24/7 ne se mesure pas seulement au temps passé au téléphone pour chaque appel. «Durant l'existence du Centre 24/7, le taux de suicide en Outaouais a diminué plus rapidement (-26,4%) que pour l'ensemble du Québec durant cette période (-14,9%), notait un membre du conseil d'administration, Jean-Bernard Robichaud.

Ça aussi, ça compte.

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