Fluorer l'eau ou pas?

Alors de nouveau l'éternelle question: to fluor or not to fluor? (Archives, Le Soleil)

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Alors de nouveau l'éternelle question: to fluor or not to fluor?

Déjà qu'au Québec, les esprits ont tendance à s'échauffer dès qu'il est question d'ajouter du fluor à l'eau du robinet. Une étude britannique publiée cette semaine ne fera rien pour calmer le jeu.

C'est La Presse qui en parlait dans son édition de mardi.

Des chercheurs de l'Université du Kent ont découvert un lien inédit entre l'ajout de fluorure à l'eau du robinet et un taux significativement plus élevé d'une maladie de la glande thyroïde.

La recherche a paru dans le Journal of Epidemiology and Community Health, lui-même publié par le British Medical Journal. On parle ici de publications sérieuses, sans être nécessairement les plus prestigieuses au sein de la communauté scientifique.

Les chercheurs ont comparé les dossiers médicaux d'une population desservie par un réseau d'eau potable fluorée avec les dossiers médicaux d'une population non desservie.

C'est un peu comme s'ils avaient confronté les dossiers médicaux des gens d'Ottawa, qui boivent de l'eau fluorée depuis 1964, et les dossiers des gens de Gatineau qui, eux, n'en boivent pas.

À première vue, les résultats de la recherche sont troublants. Ainsi, la probabilité que la clientèle d'un médecin souffre d'un taux élevé d'hypothyroïdie augmente de 40 à 60% selon la teneur en fluorure de l'eau.

Inquiétant, vous dites?

Oui, sans doute, pour le citoyen moyen qui regardera soudain son verre d'eau d'un oeil méfiant. Mais pour le scientifique averti, cette recherche est tout... sauf concluante.

Au mieux, c'est un point de départ intéressant vers des recherches plus poussées, estime le Dr Michael Glogauer de l'Université de Toronto, un chercheur financé par les Instituts de recherche en santé du Canada.

Sans nier les observations des chercheurs britanniques, le Dr Glogauer estime que le lien tracé entre la fluoration de l'eau et l'hypothyroïdie est trop ténu pour en tirer des conclusions définitives.

«Il pourrait y avoir beaucoup, beaucoup, beaucoup d'autres facteurs pour expliquer ce lien, à commencer par quelque chose qui se trouverait dans l'alimentation ou dans les rejets industriels, par exemple», dit-il.

Pour l'instant, la Direction de la santé publique du Québec et la plupart des associations de dentistes continuent de prôner la fluoration comme une mesure efficace et peu coûteuse de combattre la carie dentaire.

Et c'est bien ainsi, dit le Dr Glogauer.

«Je pense qu'on ne devrait en aucun cas baser nos décisions en matière de santé publique sur une étude comme celle-là, qui est de type analyse transversale (cross-section study)», tranche-t-il.

Même à supposer qu'un lien entre fluoration et trouble de la glande thyroïde existe vraiment, la fluoration ne devient pas automatiquement hors de question, poursuit-il. Il faudrait encore démontrer que les inconvénients sont plus coûteux et plus dommageables que de laisser une population entière sans protection contre la carie.

Cette nouvelle recherche est donc objectivement trop mince, à elle seule, pour remettre en question la fluoration de l'eau.

N'empêche: je vous parie que le lobby antifluoration, qui est très bien organisé au Québec, s'empressera de l'ajouter à son arsenal. Et qu'elle la ressortira à la première occasion pour s'objecter.

Je les ai vus faire lors du débat sur la fluoration de l'eau à Gatineau en 2010. Il leur importe peu que la fluoration soit approuvée par l'Organisation mondiale de la santé, les directions de santé publique et les dentistes sur la base de centaines d'études qui n'ont pas mis à jour d'impact négatif.

Leur contestation ne tient pas tant de la science que de l'idéologie. Il procède de ce même mouvement antiscientifique qui conteste les campagnes de vaccination massive et les méthodes de la médecine traditionnelle.

La Direction de la santé publique de l'Outaouais affirmait mardi demeurer favorable à la fluoration. Par contre, elle n'en fait plus la promotion comme c'était le cas il y a quelques années.

C'est là le plus triste, peut-être.

De voir les autorités publiques renoncer à la certitude de la science pour reculer devant des mouvements de contestation bruyants et dominés par la crainte. Et tant pis si l'Outaouais compte plus de bouches cariées qu'ailleurs.

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