La recette miracle

Une racine de curcuma... (Patrick Sanfaçon, Archives La Presse)

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Une racine de curcuma

Patrick Sanfaçon, Archives La Presse

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Sur Internet, on dit que la recette date de l'époque médiévale. Que «c'est l'antibiotique naturel le plus puissant» qui soit. Un fortifiant qui guérit presque toutes les infections, les virus, et même la peste bubonique.

Vous avez de quoi prendre des notes? Allons-y, je vous donne la recette. Je vous préviens, la saveur est un peu forte. L'odeur aussi.

Dans un grand bol, vous mélangez du vinaigre de cidre, de l'ail, de l'oignon, des piments - forts, les piments! -, du gingembre et du raifort. J'allais oublier le curcuma. Très important, le curcuma.

Enfilez des gants pour manipuler les aliments, c'est plus prudent.

Quand c'est prêt, avalez d'un coup.

Voilà, vous êtes guéri.

Quoi, ça vous brûle un peu l'estomac?

Attendez que je fouille sur le Web.

Il doit bien y avoir une potion magique pour guérir ça aussi.

***

Des recettes miraculeuses, des cures pour éliminer les toxines, des infusions nettoyantes, on en retrouve à profusion dans le merveilleux monde du Web. Elles font prétendument maigrir, sont capables de vaincre une allergie au gluten, de renforcer votre système immunitaire ou de guérir les maladies.

Leurs vertus proviendraient du fait que ce sont des produits ou des manières «naturelles» de soigner. Et donc qu'ils sont plus sains que les médicaments et les produits chimiques de la médecine moderne. Il me semble qu'on oublie un peu vite que le corps humain lui-même est fait de molécules et qu'il fonctionne grâce à la chimie.

On vante souvent ces méthodes ancestrales de guérison sous prétexte qu'elles sont héritées d'une époque où nos ancêtres vivaient en harmonie avec la nature. Vraiment? On parle de cette joyeuse époque où les vaccins contre la polio et la rougeole n'existaient pas encore? C'est vrai, il y avait des piments. Forts, les piments!

Le débat entre la médecine traditionnelle et la médecine douce ne date pas d'hier. Le voici amplifié par les médias sociaux qui répercutent à l'infini des informations plus ou moins vérifiées sur la santé.

Du point de vue de la santé publique, c'est inquiétant de voir se répandre sur le Net des mouvements qui remettent en question la médecine traditionnelle et la vaccination de masse.

Dans l'intimité de leur cabinet, les médecins font face à des patients qui s'autodiagnostiquent à partir de ce qu'ils lisent sur le Web. Déjà débordés, les cliniciens doivent dépenser temps et énergie à déboulonner les mythes propagés par les chamans de l'Internet.

Il n'y pas que du mauvais dans cette remise en question de la médecine pratiquée dans nos hôpitaux. On lui reproche souvent, avec raison, de se concentrer sur les symptômes au détriment du patient dans son ensemble.

En même temps, cette fascination pour les recettes de grand-mère me dépasse. Je suis de ceux qui croient en la science. La science qui avance à petits pas prudents, à coups de preuves, de vérifications et de contre-vérifications. La science qui ne se contente pas de savoir que la belle-mère d'une telle a pris avec succès tel produit naturel pour en conclure qu'il est bénéfique pour la santé.

Il m'arrive de me crinquer contre les bigots de la santé naturelle.

Le Dr Jean-Pierre Courteau, expert en santé publique, est plus zen que moi. «Je suis ouvert d'esprit», dit-il en souriant.

Il a compris que derrière la recherche effrénée de la cure miracle se cache une autre quête, tout à fait légitime. La quête du bien-être.

Il se trouve que la science elle-même propose une recette éprouvée pour demeurer en santé.

C'est de manger des aliments sains. Une diète variée, dans le contexte nord-américain, apporte normalement tout ce qu'il faut sans besoin de suppléments vitaminés, avance le Dr Courteau.

Ensuite, c'est de bouger, d'avoir un mode de vie actif. Et de faire confiance à son corps qui guérit certains maux par lui-même. «Les études prouvent, par exemple, qu'un mal de dos va s'améliorer tout seul, poursuit le Dr Courteau. Le meilleur moyen, c'est de demeurer actif.»

Quoi, c'est trop simple comme recette?

Rien ne vous empêche d'y ajouter un peu de piment.

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